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La Lettre
 MessageSujet: La Lettre   Dim 13 Mar - 20:17

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Ash Tomoe

Eagle's Claw

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La Lettre


Revenir dans ces lieux après des mois – des années, en réalité – lui procurait une sensation des plus étranges. Il n’avait pas été au courant de tout ce qui s’était passé ces derniers temps à Eagle’s Claw, il n’avait donc aucune idée de ce sur quoi il allait tomber en ouvrant la porte. Pourtant, à 4H du matin, il ne pouvait pas se tromper : le lieu était complètement vide. Il s’approcha du bar, se remémorant les longs instants qu’il avait passé ici, silencieux, à contempler les autres personnes de la guilde. Un miroir lui renvoya, grâce à la légère clarté que la lune procurait aux lieux, son visage d’albinos. Encore troublé, il passa sa main sur ses joues, tâtant sa peau froide, comme pour se convaincre qu’il était bien là, que c’était bien vrai, qu’il était de retour. Et c’était vrai. Lentement, il s’installa à une table, proche d’une fenêtre pour profiter de la discrète lumière de la nuit, et il sortit de sa poche un long parchemin vierge. Il s’empara d’une plume et d’un encrier, et commença par écrire quelques mots.

    « Chère Misto »


Il hésita sur quoi commencer. Après tout, il y avait tant à dire sur ce qu’il s’était passé cette journée. Tant à dire sur ce qu’il avait ressenti depuis trop longtemps. Il se remémora, justement, les évènements qui bousculeraient beaucoup de choses à l’avenir.

15H plus tôt, même lieu

Ash s’étira après avoir maintenu le fourreau de son arme à sa ceinture. Son regard se perdit au-delà de cette même fenêtre sur le paysage montagneux de la région quelques instants, puis il se souvint qu’il devait partir. Misto n’était pas là et il ne pourrait pas lui dire au revoir, mais il la reverrait rapidement. C’était à une simple mission de routine qu’il se destinait, il serait sans doute rentré avant la tombée de la nuit, si tout se passait bien. Il salua les personnes présentes et s’engagea alors au dehors pour rejoindre la halte ferroviaire la plus proche et gagner Oak Town quelques heures plus tard. Là, il rencontra comme prévu le mage d’une autre guilde qui devait l’accompagner. « Ash Tomoe, je suis le mage d’Eagle’s Claw qui doit t’accompagner pour cette mission. Tu es bien le mage envoyé par Quatro Cerberus ? _ C’est ça. » Ash haussa les sourcils face au manque d’expressivité de l’autre homme. Son visage n’était pourtant pas des plus renfermés, mais il paraissait ailleurs. Ils commencèrent à marcher jusqu’à un certain bâtiment où le commanditaire les attendait. Ils devaient l’escorter d’Oak Town jusqu’à une petite bourgade voisine. L’homme se disait persuadé d’être recherché par la mafia et avait donc demandé à deux guildes d’envoyer des mages expérimentés pour assurer sa sécurité. Ils se mirent en route directement – ni le commanditaire, ni l’autre mage ne parlèrent pendant de longs instants. Puis le silence fut brisé par l’émissaire de Quatro Cerberus. « Eagle’s Claw, donc ? _ Effectivement. _ Alors vous devez connaître Misto. _ C’est mon amie. _ Amie ? » Ash ne répondit pas. « Elle a été mon amie aussi, un certain temps. _ Elle ne m’a jamais parlé d’un ami de Quatro Cerberus. » Ash était sceptique, mais l’homme ne répondit pas. « Quel est votre nom ? Peut-être qu’il me dira quelque chose. _ Björn. »

Temps présents, Eagle’s Claw

    « Chère Misto

    Depuis combien de temps n’avons-nous pas eu de sincère discussion, toi et moi ? Les évènements nous ont séparé, mais je crois qu’il est désormais temps de forcer les choses. Mais les circonstances de mon retour ne sont pas des plus convenables. Je t’écris cette lettre pour t’annoncer la malheureuse mort d’Ash Tomoe
    [...] »


10H plus tôt, alentours d’Oak Town

Le nom ne lui disait rien. « Vous êtes l’ami de Misto, donc ? Vous en avez de la chance. Je ne connaissais pas ses goûts, je suis surpris. » Ash se stoppa, sur ses gardes. Il sentit du mouvement. Le commanditaire, alarmé, sortit un revolver de sa poche, tremblant. « Baissez votre arme. Nous ne sommes pas sûr que ce soient des ennemis. » Deux hommes armés apparurent néanmoins. Ash dégaina sa lame et avança à leur rencontre. « Que désirez-vous ? _ Laissez-nous cet homme, et vous êtes saufs. _ Cela ne va pas être possible. » Les hommes n’attendirent pas pour attaquer. Ash fut seul contre eux deux tandis que Björn et le commanditaire observaient la scène au loin. L’épéiste s’en sortait bien, sans véritable soucis. Il réussit à mettre à terre l’un des assaillants. Le second était plus coriace. A un moment, Ash fut touché à la jambe et posa le genou à terre. L’homme s’apprêta à l’achever, mais Ash était déjà prêt à parer son attaque. Une détonation intervint néanmoins. Björn tourna la tête vers le commanditaire qui, sous la peur, avait tiré, croyant protéger Ash. La balle s’était pourtant logée dans son protecteur et non dans son assaillant, faute à ses mains trop tremblantes. Björn ferma les yeux l’espace d’une seconde, mesurant l’étendue de la situation : la balle se situait près du cœur, si ce n’est à l’endroit même de l’organe vital. Il sortit furtivement un poignard de ses poches. « Imbécile. » Il trancha la gorge du commanditaire qui tomba raide mort, puis il balança l’arme en direction de l’assaillant – cette fois la tentative fut bonne et l’arme se planta entre ses deux yeux. Björn s’approcha lentement d’Ash, étendu sur le sol, baignant dans une mare de sang de plus en plus grande.

« Je n’ai pas les compétences pour te sauver, tu vas sans doute mourir. _ Misto... il ne faut pas... que je la laisse... _ Tu ne rentreras pas à Eagle’s Claw dans cet état. » Il s’apprêta à se détourner pour fuir, mais le regard agonisant d’Ash lui fit presque pitié. « Je peux tenter quelque chose, néanmoins. Il faudrait juste que tu me donnes ton accord. Tu peux encore parler, ou tu n’en as déjà plus la force ? »

Temps présents, Eagle’s Claw

    « Chère Misto

    Depuis combien de temps n’avons-nous pas eu de sincère discussion, toi et moi ? Les évènements nous ont séparé, mais je crois qu’il est désormais temps de forcer les choses. Mais les circonstances de mon retour ne sont pas des plus convenables. Je t’écris cette lettre pour t’annoncer la malheureuse mort d’Ash Tomoe. Enfin, une quasi-mort. J’étais à ses côtés quand il a été attaqué et mortellement blessé. J’ai assisté à ses dernières volontés pendant ce fugace instant où il était arraché à la vie. Et je lui ai alors proposé une aide particulière.

    Tu te souviens de l’étendue de mes dons, n’est-ce pas ? Tu dois aussi être consciente que, sous l’apparence où tu me connaissais, il m’est impossible d’espérer me balader dans les rues de Fiore tellement mon visage est placardé sur toutes les affiches. J’ai trouvé refuge un certain temps à Quatro Cerberus, mais je préfère vivre ici. Je ne savais pas comment je serais reçu sous mon ancienne apparence, donc j’ai emprunté le corps de ton ami après qu’il ait accepté de devenir ma nouvelle marionnette. Le processus lui a permis d’éviter une mort certaine, c’était sans doute le seul moyen. Il m’implorait de l’aider pour ne pas que tu sois seule, et quand je lui ai proposé cette technique, il a accepté.

    Ash Tomoe est devenu une de mes marionnettes, et j’en ai profité pour emprunter son apparence et son nom pour revenir m’installer ici. Vois-ça comme une sorte de caution : je veux ta protection, et si je reste en vie, Ash le restera également par mon intermédiaire. Mais si je venais à mourir, ton ami mourra également. Ce ne sont pas des menaces, seulement des constats. J’espère développer un jour un sort suffisamment puissant pour inverser le processus et faire redevenir une marionnette humaine. Tu pourras retrouver Ash, ainsi. En attendant, j’emprunte ses traits.

    Ton ami, Jiro Yu.»


Il plia la lettre, alla la glisser sous la porte de la chambre de Misto, puis se rendit dans une chambre vide pour s’allonger sur le lit.
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 MessageSujet: Re: La Lettre   Jeu 17 Mar - 11:51

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Misto

Eagle's Claw

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Marqué à l'encre
PV Jiro/Ash


Silence. Il n’y a que le grattement du métal contre le vieux papyrus pour troubler l’aura tranquille de la chambre double. Les vêtements, éparpillés aux quatre coins de la pièce, bougent à peine malgré la brise indolente qui s’engouffre par la fenêtre ouverte. Pour une fois, pas un seul esprit ne crée de remue-ménage dans la grande pièce que la jeune femme, assise, partageait autrefois avec sa sœur. Ils sont tous absents, partis voguer en libre arbitre pendant ce bref et rare temps de pause. Il n’y a donc plus que le grattement persistant du papier, secondé par un silence naturel et reposant. Il n’y a donc plus que la demoiselle aux longs cheveux rouges qui mordille pensivement la pointe de sa plume, immobile au-dessus de la chanson née de son dernier cauchemar. Et, dans ce silence relatif, un papier se met à bruisser sous sa porte.

Stupéfaite, la compositrice sursaute et lâche son stylo. Elle s’attendait à bien des choses : des cris, des rires, des couinements, des grognements et peut être même des jérémiades. Certainement pas du papier. Lentement, elle recule sa chaise, quittant l’attente créatrice pour approcher la petite lettre qui s’est mise à remuer dans les recoins de la pièce selon les caprices de la brise. Sa main attrape la missive avec douceur et ses doigts la déplient doucement alors que, curieuse, elle se met à lire avidement son contenu. Alors seulement, avec une lenteur dont elle ne se serait pas crue capable, la jeune femme se laissa tomber à terre. Incapable de respirer et parcourue de frisson, elle relit encore et encore les mêmes mots sans qu’aucune de ces fois ne parviennent à en atténuer l’impact. Les minutes passent. Elle l’a lu. Relu. Encore et encore. Tellement de fois qu’elle pourrait la réciter au mot près et peut être même à l’envers. Pourtant, elle est toujours là, tétanisée dans un froid si mordant qu’il en ferait pâlir celui d’Iceberg.
Le temps s’écoule avec une langueur telle qu’elle lui en devient insupportable. Non sans mal, elle se relève, les poings crispés à en froisser le papier, les jambes tremblantes comme des roseaux face aux fantaisies du vent. Pas à pas, elle atteint la porte et pose son front contre le bois dur. Elle sent les larmes poindre, tout comme cette rage presque surnaturelle qui enflamme son cœur avec hargne. Qui ? Pourquoi ? La demoiselle rousse veut s’avoir. Elle ferme les yeux, focalisant le tourbillon au goût amer et brûlant dans l’observation attentive de la maigre volute d’âme qui est restée nichée sur le papier, avec les mots. Lorsqu’elle la trouve, elle n’a plus qu’à lever la tête pour en suivre la piste. Sa porte s’ouvre brutalement et ses pas résonnent dans la guilde. Personne n’y prête attention. Tout le monde, à Eagle’s Claw, s’est fait aux lubies de l’Impératrice. Aussi, personne ne voit les volutes de fumée dû aux écarts de température entre l’air et la mage.

Bientôt, elle se retrouve dans la partie résidentielle la plus éloignée de la guilde. Silencieuse, tout comme sa chambre, mais surtout lieu de l’unique raison qui puisse la pousser à manquer de contrôle sur sa propre magie. Dans sa main, le papier s’est couvert de givre dont son visage tente d’imiter la pâleur effrayante. En entrant dans la chambre, elle ne prononce pas même un bonjour et referme aussitôt la porte sans s’inquiéter de la glace qui prend un malin plaisir à s’étendre sur tout ce qu’elle touche. Elle ne voit que lui, allongé sur le lit, la respiration régulière. Son esprit, jusqu’à présent muet, rationalise. Il est vivant, regarde, lui murmure-t-il alors qu’elle tombe à genoux à côté du lit, sans même oser le toucher. Une larme s’échappe et pourtant, un sourire énamouré barre sa bouche. Ash. Vivant. Sa mémoire la rappelle à l’ordre et le sourire s’efface sous une cascade de larmes silencieuse. Ash. Mort mais vivant. Jiro. De retour. Cette pensée, à la fois douloureuse et joyeuse, la poignarde violemment. C’est Ash, mais ce n’est plus lui. C’est Jiro, mais ce n’est pas lui. En l’observant ainsi, elle ne sait plus avec exactitude à qui elle a affaire et comment se comporter en conséquence. En temps normal, elle se serait simplement saisit de sa main attendant son réveil jusqu’à ce que la fatigue l’en empêche et elle se serait paisiblement endormie, la joue posée contre le matelas. Mais ce n’était pas normal. Aussi resta-t-elle désespérément immobile à côté du lit en tentant vainement de démêler le vrai de l’illusion.

« » Elle ouvre la bouche sans rien pouvoir dire. Ses yeux, baignés de tristesse, se posent sur le givre qui entoure la main prude qui s’est posée sur les couvertures. Main qu’elle retire aussitôt pour l’entourer autour de son collier. Non, elle n’allait pas succomber cette fois. Elle ne pouvait mettre en danger personne, et surtout pas la dernière personne qui la connaissait sur le bout des doigts. « …Jiro » La forme du Requiem se résorbe violemment, laissant Misto, tremblante, dans un t-shirt trois fois trop grand pour elle. « Ca fait…. une éternité. » La voix de la jeune femme tremble presque autant qu’elle. Elle tente de lui sourire mais celui-ci se fane aussitôt lorsque ses yeux croisent ceux d’Aston. Les larmes refluent sans que rien ne puisse les arrêter. Il est mort, mais là, devant elle ou tout du moins en partie. Et c’est sans doute cela, le plus douloureux. « Raconte-moi. » La rousse a oublié. Elle se souvient que le temps n’a eu de cesse de passer mais elle a oublié que c’est la première fois depuis longtemps que son ami la revoit. Elle a oublié qu’il y a longtemps que la douce brunette qu’il a connu s’est flétrie dans la surcharge de magie d’il y a maintenant plus de sept ans. Elle sait pourtant que c’est bien Jiro sous les traits d’Aston mais elle ne parvient pas à voir autre chose que lui. « Je t’en prie… » Les deux émeraudes regardent le visage de l’être qu’elle aime profondément, se déformant à travers le rideau de larmes. Elle a l’espoir fou que ce ne soit qu’une mauvaise blague. « Dit quelque chose, je t’en supplie. » En cet instant, il n’y a rien de pire pour elle que ce silence qu’il maintient, comme s’il était tétanisé. Il a l’air aussi perdu qu’elle se montre déchirée, aussi surpris qu’elle presse sa manche à la recherche de la seule chose dont son silence la prive.

Puis les mots s’écoulent. Avec une lenteur irréelle, ils ancrent la musicienne encore bien plus loin dans son cauchemar. Vide, elle sent sa tristesse sombrer dans un gouffre glacé et immobile. De vagues murmures inquiets résonnent dans son esprit mais elle les repousse aussi fort qu’elle le peut. Misto refuse l’aide des loups. Elle les maintient à la lisière de ses sentiments, parce qu’aucune des choses qu’ils pourraient tenter ne l’apaisera. Encore une fois, le silence se fait, autour d’elle, enveloppant la pièce dans une chape de plomb inconfortable. Les dernières larmes s’écrasent sur ses cuisses en troublant l’encre de la lettre, son visage toujours teinté par la douleur semble se stabiliser sur la pente savonneuse du deuil. Maintenant, la colère suinte de tout son être. Une colère profonde qui se concentre sur sa main, serrée sur la manche du manteau de son aimé jusqu’à s’en faire blanchir les phalanges. Une colère désespérée qui fait rejaillir un mince filet d’eau aux coins de son regard et un profond dégoût qu’elle avait tenté d’enterrer au plus profond de son âme.

« J’ai échoué Jiro. Encore une fois, je n’ai pas pu le protéger. Ni lui, ni tous les autres…» Sa voix se brise, la main qui retenait Jiro tombe. Elle tremble encore, détournant la tête et se mord la lèvre jusqu’au sang alors que tous les visages des êtres chers qu’elle a perdu défilent devant ses yeux. Elle trésaille à peine, lorsqu’elle l’entend bouger. L’odeur d’Ash tourne autour d’elle, pour peu, elle le sentirait presque lui presser l’épaule, dans toute sa retenue habituelle. Mais l’illusion, fugace, s’envole avec le souvenir. Ce n’est pas lui, et cela ne le sera plus. Jusqu’à ce qu’elle ou Jiro trouve un moyen de le ramener.

« J’ai honte. » Finit-elle par murmurer, pour chasser le silence. « J’ai la main sur une guilde entière, une magie suffisamment forte pour faire trembler des illégaux mais je suis incapable de protéger qui que ce soit. Vraiment, je ne vois que ça. Je n’arrive même pas à honorer ma raison d’entrer à Eagle’s Claw. Et j’ose me clamer Impératrice des aigles, alors que je suis la personne la plus faible que j’ai jamais vu. J’ai honte de moi. »

Le sursaut de tristesse qui anime ses épaules s’est tari avec les larmes. Un pouce songeur essuie le sang qui s’échappe de sa morsure et la rousse se perd dans sa contemplation. Elle pense fugacement qu’il pourrait la soulager de sa peine, avant d’en chasser l’idée aussi sec. Misto, si elle n’avait jamais été solide, refusait de succomber à l’égoïste de sauter du haut de la falaise. Elle n’avait pas survécu tout ce temps pour ça, et certainement pas scellé cette Wyvern pour ça non plus. Elle repensa à ce qu’elle lui avait dit et au froid perturbant, malsain, des Limbes. Son ami avait raison, il y avait encore un espoir. On pouvait toujours le sortir de là-bas, en admettant qu’il y soit. Mais à quel prix ?

« Jiro, le ramener, tu crois vraiment ça possible ? Est-ce bien lui, que nous ramènerons, et pas quelqu’un d’autre ? » Elle n’attend pas de réponse de sa part, mais sait que s’il le fallait, il lui en fournirait une. Elle sait, inconsciemment, que les revoilà liés, comme cette fois-là, dans le train. Mais elle sait aussi que c’est à présent sans commune mesure. Lentement, tout doucement, la chanson lui revient. Cette toute petite chansonnette lui échappe, avant de revenir frapper à la lisière de sa gorge, bien plus forte. Ce tout petit air qui se met à enfler jusqu’à finalement trouver le chemin vers l’extérieur, sous la forme d’un murmure connu d’eux seuls.

« Qui a-t-il de plus beau que cette fleur de Jasmin
Qui fleurit depuis si longtemps au creux de ta main.
Du bout de tes doigts délicats, tu l’effleureras
Comptant indéfiniment les jours qui te séparent de ta voie
.
»


HRP:
 
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 MessageSujet: Re: La Lettre   Lun 4 Avr - 17:38

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Jiro Yu

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La porte s’ouvrit et apporta un courant d’air glacial qui persista dans la pièce. Ce n’était plus la jeune fille qu’il avait connu voilà quelques mois (années), Misto avait étonnamment changé. Elle avait gagné en assurance et son aura s’imposait d’une manière beaucoup plus insistante autour d’elle. Mais le regard qu’elle posait sur les choses n’avait pas changé – du moins, c’est ce qu’Aston estima. En l’état actuel des choses, les yeux de l’Impératrice se noyaient dans d’épaisses couches de larmes. Alors elle commença à parler, mais sa tristesse arrachait une à une toutes ses tentatives avortées de communication. L’intensité de son émotion contrastait avec le silence presque maladif que l’homme affichait, encore troublé par l’immédiateté d’une réaction qu’il n’avait pas espéré. Elle s’agrippe à lui qui se redresse sur le rebord du matelas pour lui faire face, et sa litanie continue. Tous les mots qu’elle prononce plongèrent le marionnettiste dans une étrange stase : son corps était immobile mais au fond de lui s’entrechoquaient les émotions les plus contradictoires. Une froide apathie face à un deuil qu’il ne comprenait pas mais un élan brulant de passion vis-à-vis de l’amie retrouvée. Il réalisa que la voir dans un tel état, même après la longue période où ils ne s’étaient perdus de vue, lui retournait les tripes. Depuis combien de temps une autre présence ne l’avait-il pas chamboulé à ce point ? Lui qui était si indifférent, si solitaire, tellement peu ancré dans tous ces rapports sociaux qu’il négligeait tel un crédo de vie. Peut-être que la dernière personne a l’avoir stimulé ainsi était finalement celle qui s’agrippait désormais à lui. Peut-être que c’était la présence discrète mais puissante de Misto qui le poussait à s’humaniser. C’était grâce à elle qu’il avait intégré Eagle’s Claw. Il réalisa qu’il lui devait beaucoup. Il réalisa qu’elle lui avait manqué. Et l’air qu’elle siffla ancra définitivement cette impression en lui : il était tout désolé de provoquer un tel émoi en elle.

Pour témoigner de son soutien, ses mains s’agrippèrent à ses avant-bras tandis qu’il daignait enfin lui répondre. « Je ne sais pas si c’est réellement possible de le ramener. » Il avait la même voix qu’Ash Tomoe, il en était conscient, mais il n’essaya pas de prêter attention au déchirement que cela provoquait au fond des pupilles de son amie. « Mais s’il existe un moyen, je le trouverai. Son âme n’est pas morte. Elle doit résider au fond de la marionnette. » Il hésita à invoquer le dit pantin, mais se ravisa en imaginant la mauvaise surprise qu’aurait Misto de voir le réel corps de son ami albinos sans une once de vie sur son visage, uniquement animé par les désirs de son maître. Lui, n’avait fait que copier son apparence pour s’assurer un retour confortable, sans heurt, au sein de son ancienne guilde.

Son ton changea subitement tandis que sa gorge se serrait. « Tu dois sûrement me haïr. Et je t’y autorise. Si cela permet de te décharger de tout ce fardeau que tu portes injustement. De toute cette culpabilité que tu revendiques. Je n’avais nulle part où aller après... après tout ce qu’il s’est passé. Jiro est un nom et un visage trop connu à Fiore. J’ai été obligé d’emprunter l’identité d’autres personnes pour me faufiler dans l’ombre de l’inquisition. Mais revenir ici... c’est  comme retrouver une part de moi-même. » Un temps. Nécessaire. « Je comprendrais néanmoins que tu n’acceptes pas ma démarche. Si tu souhaites me livrer aux autorités, j’accepterai de m’y contraindre. En prison aussi je pourrais étudier encore plus profondément les arts secrets des marionnettistes. J’aurai tout mon temps pour trouver un moyen de te le ramener. »
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 MessageSujet: Re: La Lettre   Mer 25 Mai - 19:46

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Misto

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PV Jiro/Ash


« Jiro. »

L'immobilité silencieuse et contemplative de Misto se rompt soudainement, alors qu'elle lui saisit la main. Sa poigne se fait solide, presque douloureuse alors qu'elle décide de franchir d'un pas la distance entre eux. S'il est déterminé à l'aider à porter la peine, elle veut qu'il en comprenne l'entière mesure avant de lui aussi, jurer qu'il sera là, quoi qu'il advienne. Sa tête tourne lentement vers lui et son aura se renforce brutalement tandis que son regard trouve celui de son meilleur ami. On y voit la colère, s'y disputer avec la peine et la résolution, alors qu'elle matérialise de force Radulf sur le sol de la pièce.

« Ne dis plus jamais ça. » Lentement, la mage se retourne vers lui jusqu'à se retrouver entièrement debout devant lui. Son coeur bat de pulsations nerveuses, teintant ses joues d'un rouge qui trahit jusqu'à la montée de lave de sa fureur. Elle attire doucement son ami à elle et l'attrape dans une étreinte qu'elle veut calme, mais dont chaque mouvement trahit la tension en elle qui menace d'imploser. A son oreille, elle répète. « Je me contrefiche que le monde entier soit à tes trousses. Tu es un aigle et chacun de nous ici est ta famille. Une famille un peu cassée, pas toujours unie et plutôt chahuteuse, certes, mais il n'en est pas moins que ta place est ici. » Elle s'écarte pour mieux le saisir par les épaules et pouvoir le regarder droit dans les yeux, en faisant abstraction de l'expression perplexe d'Ash. « La seule personne à qui tu dois rendre des comptes ici, c'est moi. Parce que si je veux vous protéger, je dois savoir tout ce que vous avez fait. Du plus beau au plus laid et sans aucune concession. »

La musique s'étiole doucement dans l'air, lui laissant que peu de temps avant de basculer dans l'illusion que tisse fébrilement l'esprit autour d'eux. Le temps se met à remonter dans la pièce. Le lit ressort avec les autres meubles, emmené par les membres dont les visages se soulagent peu à peu de l'effort qu'ils sont en train de fournir. Les planches se désolidarisent une par une, faisant disparaître toit, mur puis bientôt planché. Suspendus dans le vide alors que le maigre groupe revenu il y a six ans plutôt avec Misto repart vers le sentier, il n'y a bientôt plus que les deux aigles qui se font face. La forêt reprend nonchalamment ses droits en-dessous d'eux, des oiseaux venant les frôler de temps à autres pour mieux décrire de long cercles autour d'eux. Ils semblent avoir conscience de la présence des deux mages qui remontent ensemble le temps, sans piper mot. La brume envahi les montagnes, les sons se mettent à résonner douloureusement dans leur oreilles et le cadre idyllique se fige brutalement dans le temps avant de reprendre son cours en sens inverse. Les oiseaux reviennent, chassant la brume avec hargne. La guilde se construit lentement autour d'eux, comme s'ils n'étaient que deux simple spectateurs d'un temps qui se déroule pour mieux se rembobiner ensuite.

« De tout ce qui a pu nous arriver pendant six ans, je ne veux rien de caché. Peut importe si ça fait mal, si c'est dur de trouver les mots ou si c'est horrible à dire. Je veux tout savoir Jiro. Jusqu'au moindre secret que tu es prêt à me donner. » Un silence. Misto chasse les larmes de son regard et tente de se faire le plus droite possible. Elle veut tenir. Elle reprend. « Je ne veux pas que tu parles d'endosser ma culpabilité si tu ne sais pas ce que j'ai fais. Oui, j'ai besoin d'un garde fou mais je ne veux pas qu'il soit aveugle. Je ne veux pas non plus que tu fasses une promesse sans savoir. Là ou se trouve actuellement Ash, c'est différent d'ici. Pour y avoir passé six longues années, je le sais. Maintenant je n'arrive plus à dormir sans faire de cauchemar. Les limbes, ça nous change, profondément. J'en suis la preuve vivante. Aussi ... » Nouveau silence, alors que la rousse ferme les yeux et inspire longuement. C'est dur. Chaque fibre de son être se serre à l'idée des mots qu'elle va prononcer mais elle ne peut pas se mentir. Elle doit lui dire, pour que le jour venu, il soit prêt. « Il est possible que si nous trouvons un moyen de le ramener parmi nous, il ait perdu la tête. Même en le rappelant avec l'Uta régulièrement, il est possible qu'il se perde dans les limbes et, toi comme moi, nous ne pourrons rien faire. Cette fois-ci, ce n'est pas seulement une question de volonté commune, le temps aussi joue, et pas avec nous. » Un poids quitte le coeur de Misto en même temps que la révélation. De nouvelles larmes perlent à ses yeux, glissant le long de ses joues avant de se tarir. A quoi bon pleurer maintenant ? Elle n'a pas le temps. Elle n'a plus le temps. La course contre la montre vient de commencer.

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 MessageSujet: Re: La Lettre   Lun 4 Juil - 13:35

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Jiro Yu

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Sa réponse fut froide – elle tentait d’être amicale, chaleureuse, mais elle restait teintée par l’amertume de la nouvelle encore fraiche. Un de ses loups apparut et Aston lui lança un regard furtif, sans indiquer le fond de sa pensée. Il n’avait jamais apprécié ces animaux, fidèles alliés de la maitresse de la guilde, qui se matérialisaient à l’improviste et qui plantaient leurs regards inquisiteurs en lui pour percer jusqu’au plus profond de sa tête. Il tenta de ne pas y faire plus attention et se laissa faire quand elle l’étreignit furtivement. Ce nouveau contact amorça un changement manifeste autour d’eux : la chambre s’émietta pour laisser place à la naturelle originelle, l’espace de quelques instants, avant qu’Eagle’s Claw ne reparaisse. Elle lui demanda davantage d’explications et lui présente ses craintes vis-à-vis d’Ash, là où il est. Il attendit qu’elle termine pour enfin lui répondre, posément, son regard toujours ancré dans le sien.

« Après ton élection. J’ai été capturé dans le vortex d’Ajatar Virke pour les six années. Je me suis réveillé dans le palais royal par l’équipe de sauvetage sans avoir réellement la moindre idée de ce qui s’était passé. Beaucoup des aigles restaient portés disparus alors je ne suis pas rentré. Je trouvais ça amusant d’arriver dans ce monde connu mais étranger, décalé par le temps, par les années, malgré moi. Alors j’ai voulu m’y faire une place, seul, pour voir ce dont j’étais capable. J’ai croisé la route d’un assassin et nous avons voulu libérer quelques criminels pour embêter Marcus Adamof. C’est comme ça que Black Jack est sorti de prison. Je ne veux pas dire que ce fut une erreur, ni que je le regrette, mais c’était tout de même extrêmement risqué. J’ai dû simuler ma mort pour éviter qu’il ne me prenne lui-même la vie. J’ai survécu dans l’ombre jusqu’à ce que la mort du démon rouge fût officialisée. Les autorités avaient aussi mon visage mais n’avaient pas mon nom – aujourd’hui, les quelques avis de recherches sont recouverts par d’autres et le monde a sans doute oublié le faciès de Jiro Yu. Mais je suis resté sur mes gardes, patientant jusqu’au bon moment où je serais sûr de pouvoir retrouver cette liberté de bouger. Tu connais la suite : j’ai croisé Ash Tomoe lors d’une mission et je t’ai ramené son corps ici. »

Pour son récit, il avait emprunté un ton des plus monocordes. Il continua au même rythme : « Et toi ? Où étais-tu pendant tout ce temps ? Qui est vraiment cet homme, Ash Tomoe ? Lund et Arkhana sont toujours vivants ? Veux-tu les mettre au courant sur la vérité concernant Ash ou préfères-tu que je la leur cache ? »

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 MessageSujet: Re: La Lettre   Mar 5 Juil - 11:36

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Misto

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Marqué à l'encre
PV Jiro/Ash


« Pendant le tournoi d’Angel Sky, j’ai rencontré Cobra . » Un silence. Misto se souvient du mage et de sa dulcinée comme si c’était hier. Elle sait qu’ils se reverront tôt ou tard. Elle lui avait promis de l’aider et elle n’avait qu’une seule parole. Quand bien même s’il fallait le faire sortir de prison juste pour tisser l’Uta de Cubélios sous ses yeux. « Je… Par le biais de nos informateurs, j’ai passé une annonce. J’avais besoin de savoir où Elle se trouvait. Cobra est le seul qui a accepté de jouer le tout pour le tout avec moi. Ensemble, nous sommes partis prendre d’assaut les archives de l’armée d’Iceberg pour récupérer le dossier de ma famille. Dedans, j’ai trouvé la localisation de Wyvern et… » Nouveau silence. La jeune femme prend une profonde inspiration, alors que le temps se rembobine encore et encore autour d’eux. Ça lui coûte, d’avouer. Ça lui coûte autant que le secret lui pèse depuis maintenant six années. Ses poings se serrent et elle ferme les yeux un court instant. Aussitôt, elle reprend, sachant que le courage s’envoler d’une minute à l’autre. « Avec tout ça, je suis retournée en chasse. Je l’ai trouvé et j’en suis venue à bout. Aujourd’hui, elle est scellée dans un recoin du pays connu de moi seule. Le combat n’a pas été de tout repos. L’afflux de magie m’a transformée et épuisée. J’ai sombré dans le coma sur place . » Le regard de Misto revient dans celui de Jiro. « J’ai vécu pendant six ans dans un entre deux, ni totalement vivante, ni vraiment morte. Il n’y avait que ces deux réponses là-bas. J’ai mis des années à choisir et pourtant, je n’y ai passé qu’une seule et unique journée dans le blanc presque absolu, suspendue à une montagne à devoir choisir si je devais lâcher ou grimper, pour qui je le faisais, pour quoi je le faisais . » Une larme coule sur sa joue. Son corps tremble, revivant l’épreuve qui hante chaque soir ses nuits, la tirant du sommeil en sueur. Ses yeux brillent d’une terreur profonde, une terreur qu’elle a toujours cachée depuis qu’elle est de retour. Devant Jiro, l’Impératrice perd sa prestance. Sous son regard, elle n’est plus qu’un petit oiseau apeuré qui patauge dans ses repères pour reprendre son envol. « J’avais laissé un mot derrière moi pour que Wilfried reprenne le flambeau, si je ne revenais pas. J’ignore ce qui s’est passé à Eagle’s Claw en mon absence, mais je suis certaine que quelqu’un l’a emporté sans prévenir personne . »

L’illusion tremble. Le temps se remet à remonter, donnant petit à petit aux ruines la fumée que Misto leur avaient vue à son retour. Puis la scène disparait dans les ténèbres et se déroule à nouveau. La musique s’apaise mais pas le cœur de la jeune femme. Dans un frisson, elle referme ses bras sur elle-même pour chasser le froid qui l’envahi, comme à chaque fois qu’elle parle des Limbes. La rousse tente bien de se raccrocher aux images de sa mémoire qui défile, mais rien n’y fait. Elle ne cesse de trembler malgré tous ses efforts pour se calmer. Elle lutte avec minutie pour repousser la peur dans sa cage, loin, très loin au fond de son cœur. Pourtant, rien n’y fait. Au lieu de la libérer d’un poids, l’histoire semble la hanter encore plus profondément encore, maintenant qu’elle a osé la raconter. Misto se bat contre elle-même et reprend. Elle ne s’effondrera que lorsqu’elle aura fini sa conversation. Là encore, elle n’a pas le choix. Elle doit la vérité à Jiro, au même prix qu’il lui a donné la sienne. Il doit savoir, ou la prochaine fois qu’un de ses proches mourra, personne ne pourra arrêter le massacre si elle perd les pédales.

« Ash, c’est … »

La voix de Misto se brise. Sur ses lèvres, les mots luttent, alors qu’elle articule dans le vide. Elle ne peut pas dire amant. C’est faux. Elle ne sait rien, de ses choses-là. Elle n’a jamais su. Elle pourrait simplement dire qu’elle l’aime, mais ce n’est pas assez. C’est trop cucul, trop léger. Rien à voir avec la douce chaleur qui l’envahie à chaque fois qu’elle le voit. Rien à voir avec son envie de sourire comme une cruche même si rien n’est drôle. Rien à voir avec la brulante passion qu’elle refrène à son contact, sans vraiment y parvenir. Rien à voir avec les battements désordonnés de son cœur qui se transforme en hurlement, dès qu’Ashton éclate de rire. Au grand jamais, ce trois mots ne parviendront à résumer la profondeur et le maelstrom quelle ressentait en posant ses lèvres sur les siennes.

« Ash est celui que j’ai choisi. Je… C’est mon… petit ami . »

Le visage de Misto passe par toutes les gammes de couleur. C’est si simple à penser, pourtant les mots sonnent comme deux coups de tonnerre quand elle les prononce. Elle a honte, elle assume ses sentiments, elle se sent gênée dévouer ça comme ça après autant de temps. Tout ça se mélange dans un joyeux souk, au même instant. La peur, quant à elle, bat en retraite, balayée par l’amour de la jeune femme. Tôt ou tard, elle reviendra mais pour le moment elle reconnait sa défaite  et, comme une bonne copine, elle laisse le reste s’imprimer sur le visage de la jeune femme dans une palette de dégradé et de pastel.  
De tout cet afflux, c’est la gêne qui domine illico. Misto se sent mal à l’aise, bizarrement. Jiro est important mais elle n’aurait pas pensé à quel point sa réaction était essentielle pour elle. La jeune femme se rend compte qu’au milieu de l’illusion, face à celui avec qui tout avait commencé, elle lâche une bombe. Quelque chose de fort, plus fort que leur lien à eux, quand bien même elle aurait fait tous les efforts du monde pour combler cet écart au mieux. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que jamais, elle n’aurait pu réussir ce tour de force, quand bien même leur relation est fusionnelle et sans partage. Le silence s’installe de nouveau entre les deux amis. Il est lourd de sens, presque plein de mot alors que rien n’est dit autrement que dans leur échange de regard. Misto y cherche quelque chose, un signe, un mouvement. Une chose qui est Jiro et pas Ash. Une toute petite étincelle qui lui rappellera qu’elle est de retour en lice pour une nouvelle quête impossible avec lui. Qu’elle renoue encore une fois avec lui pour défier le destin. Que tous les deux recommencent à zéro, seuls au milieu de tous, comme avant.

« Lund est porté disparu depuis mon élection. Arkhana, elle, est en mission à l’étranger. Je ne sais pas quand elle va rentrer mais je sais qu’elle reviendra fière et non sans avoir botté les fesses de tout ce qui porte un service trois pièces . » Franche, honnête. C’est tout ce que tu sais de ta petite protégée et de ton prédécesseur. Si tu t’inquiètes franchement pour Lund, tu ne t’en fais pas pour Arkhana. Elle a toujours su se débrouiller, même quand elle en venait à croiser plus fort et plus intelligent. C’est sur sa ressource et sur son esprit combatif, que tu places toute ta confiance en elle. Ce n’est plus un aiglon, maintenant, elle vole par ces propres ailes. Comme Nywell et toi, avant elle. « S’ils reviennent, ne leur cache rien. Je préfère leur expliquer moi-même, je n’ai jamais su mentir, de toute façon . » Un sourire. Un vrai, venu du plus profond du cœur. Une main apaisante, aussi. Elle se pose sans prévenir sur la tête de Jiro-Ash, accompagnée d’une lueur espiègle. Si la peine est là, Misto la cache à nouveau au fond de son cœur pour ne montrer que le plus beau, le plus rassurant d’elle-même. « C’est toi qui a libéré Black Jack alors. Je suis fière de toi, autant que je pense que c’était une bêtise. C’est amusant, en tout cas. Visiblement, nous nous sommes tous perdu pendant ces six ans. Les aigles, toi, moi… » Un soupir. La mélancolie revient mais repart aussitôt. Autour d’eux, le temps remonte une nouvelle fois, au-delà de l’écran noir. On voit le monde passer, entrer, sortir. Vivre alors qu’ils sont tous les deux-là, suspendu dans le passé pour revenir affronter le futur. Ils en avaient besoin, surtout Misto. Peu à peu, l’ordre se fait mais ne réussit pas à l’emporter sur la douleur. Même si ses pensées trouvent leur place au milieu des commentaires et des couinements des loups, jamais la jeune femme ne se remettra vraiment. Nywell, Miku, Solis, Ash. Elle n’a que vingt-deux ans mais elle se sent vieille et fatiguée de voir le monde mourir autour d’elle, sans prévenir. Lentement, elle revient à la réalité. Une idée fuse, alors, brillant comme un phare dans son crâne.

« Jiro… Si tu prends la place d’Aston… » L’Impératrice ouvre et ferme la bouche, ses joues rosissant à vue d’oeil. Elle ressemble à un drôle de poisson, alors qu’elle patine dans la semoule pour enfin faire sortir ce qui peine tant à remonter de sa gorge. « Tu… enfin nous… On va devoir faire semblant de… ? » De rose, elle devint carrément écarlate. Gênée comme une enfant, elle se tue sans réussir à poursuivre, jetant un regard perdu à son ami. Pour la première fois, elle repose son regard sur Jiro, non pas en tant que frère de cœur mais bien en tant qu’homme. Elle se mit à remarquer une foule de détail, songeant à leur échange progressif, depuis qu’elle avait débarqué dans la chambre comme un coup de tonnerre. Cette brutale prise de conscience ne fit que redoubler sa gêne, son visage se décomposant toujours plus dans un trouble enfantin et innocent. Jamais elle n’avait envisagé à lui de cette façon. « Je… tu… Je… »

Mayday, Mayday, nous avons une Misto en perdition .

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 MessageSujet: Re: La Lettre   Ven 22 Juil - 22:07

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Jiro Yu

Eagle's Claw

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La Lettre
Elle se mit à répondre au retour de question de Jiro avec ce qui paraissait être le summum de sincérité qu’elle pouvait offrir. Il lui fallut du temps pour trouver les mots justes, pour ne pas se laisser emporter par des émotions trop peu canalisées, mais lentement, elle arriva à mener son récit relatant les dernières années de sa vie. Lorsqu’elle évoqua son combat, but ultime de sa quête de tous les jours, elle ne put retenir un éclat de tristesse et fut plongée dans une angoisse solitaire. Autour d’eux, le monde changeait encore, le temps propulsé par les mots pleins d’histoires de la jeune impératrice brisée. Jiro gardait néanmoins son regard ancré dans celui de la femme sans se soucier davantage du décor autour d’eux – l’important, c’était de rester avec elle. Elle eut du mal à mettre un mot sur sa relation avec le presque-cadavre que le marionnettiste lui a ramené, et continua son monologue en trainant ce trouble grandissant au fond de son corps. Rien n’atténuait la tristesse qui teintait ses mots, la mélancolie dans ses yeux, l’amertume de ses soupirs. Jiro l’écoutait tranquillement, sans bouger le moindre cil, même quand celle-ci fut en proie à un doute plus profond, se laissant confondre par ses émotions contradictoires, délirant face à un Ash qu’elle fantasmait alors que ce n’était que lui, que Jiro.

Quel était donc le fond de pensée de Jiro Yu à cet instant précis ? Il avait toujours baigné dans un nuage d’ambiguïté en présence de Misto. De toutes les personnes qu’il avait rencontrées de sa courte vie, il s’agissait de la seule qui pouvait poser son regard sur lui sans n’émettre le moindre sursaut (de peur, de colère, de dégoût). Elle l’acceptait tel qu’il était, lui et ses défauts (comme on pouvait les appeler sans trop en évoquer l’horreur en société). C’est cette acceptation équivoque qui l’avait tant troublé au début de leur rencontre : était-elle sincère ? Après tout, il ne la connaissait que peu – mais au fil du temps, il avait compris qu’il pouvait réellement compter sur elle comme sur personne d’autre, et il était intimement persuadé que jamais plus il ne pourrait croiser une personne avec une telle empathie, une telle force, un tel contrôle dans ses émotions suffisamment puissant pour ne pas jeter l’opprobre sur ce que Jiro pouvait lui dire. Il avait scellé l’importance de cette relation qu’il avait noué avec elle quand, dans le train de retour de Hosenka, il avait abandonné tous ses masques pour montrer son réel visage – respectant sa pudeur et son intimité, elle s’était détournée le temps qu’il puisse confectionner une nouvelle marionnette pour s’y cacher. Elle n’avait pas vu son réel visage, mais c’était tout comme : il ne lui aurait suffit qu’à se détourner subtilement pour l’apercevoir. Et si elle l’avait fait, aurait-il pu la tuer pour ça ? Non – aussi fort était son désir de rester incognito, il savait qu’il n’aurait pu lever la main sur elle, même si elle avait transgressé sa confiance en s’appropriant son secret le mieux gardé. Il avait tissé subtilement en son for intérieur la toile d’un respect honorable vis-à-vis d’elle, l’ébauche d’une fierté d’avoir marché à ses côtés, l’écho d’une voix rassurante qu’il saurait où trouver quand il le fallait. Malgré les mois – les années – qui les avaient séparés, il savait que rien n’avait changé. Et cela lui faisait peur.

Comment était-ce possible que lui, le marionnettiste, assassin de renom, connu et reconnu des autorités, tranchant les gorges des riches et pauvres sans sourciller du moment que la récompense suivait, pouvait être si docile au point de nouer une amitié de la sorte ? Les préceptes enseignés par sa famille l’avaient littéralement conditionné pour que jamais il ne puisse développer de tels liens emplis de confiance envers autrui : n’aies jamais confiance en personne, pas même ton propre père. Lui, craintif pour sa propre vie, conscient comme jamais de ses limites et donc n’hésitant pas à fuir devant une difficulté qu’il savait insurmontable, s’était assagi au point de ruiner son ultime secret (son visage) sans penser à rattraper le coup en tuant celle qui l’aurait vu.

Mais Jiro avait gardé quelques-uns de ses réflexes enfantins, gravés dans son âme avec une vigueur sans précédent, qui ne partiraient sans doute jamais de chez lui. Aussi peiné pouvait-il être de voir son alliée dévastée par la nouvelle qu’il avait apporté, il ne pouvait s’empêcher de réaliser la morbide opportunité qu’il avait sous lui. En revêtant l’apparence du bien-aimé de l’impératrice, il savait qu’il la troublerait au point de la faire réaliser quelques méfaits qu’elle n’aurait jamais escomptés. Aussi vulnérable qu’elle était, et avec sa conscience de la situation accrue, il réalisa qu’il pouvait faire de Misto sa marionnette sans même user de sa magie : qu’un mot bien placé suffirait à la motiver à remuer ciel et terre pour agir dans la direction qu’il lui aurait soufflé. Quand son malaise alla jusqu’à confondre Ash (l’amant) avec Ash (Jiro – l’ami) au point de se mélanger les rôles et d’agir en conséquence de cause, le sang de Jiro se glaça : il comprit que son avenir serait dessiné par sa future réaction. Son regard se posa sur les lèvres tremblantes de Misto. S’il l’embrassait, il scellerait la jeune femme dans son angoisse permanente et aveuglante, il l’emmènerait plus loin que les limbes où se terrait son réel amant. Il la tuerait à petit feu en l’entrainant dans une folie grandissante où elle se perdrait elle-même.

Son visage se rapprocha lentement de celui de Misto. « Faire semblant de... ? » Son regard se redressa jusqu’à croiser les yeux perdus de l’impératrice, se rapprochant toujours jusqu’à se confondre en eux, perçant le secrets de ses émotions sans laisser percevoir les siennes. Il posa sa tête sur l’épaule de son amie, n’effleurant que sa joue, et l’enlaça. Son murmure se posa dans l’oreille délicate de la musicienne. « Si j’ai le corps d’Aston, c’est pour que son absence comme ma présence ne soulèvent pas de questions malvenues. Au fond, je reste Jiro. Jiro, ton vieil ami. » Il serra légèrement le corps tendu de la femme puis se détacha d’elle, cherchant à capter son attention en croisant ses yeux. « Cela va être difficile, mais c’est la meilleure chose que je peux faire jusqu’à présent. Je pourrais, en ta présence, reprendre l’apparence de Jiro telle que tu la connais, mais aux côtés d’une tierce personne, je ne suis pas prêt pour m’afficher ainsi face au monde. Je dois être Ash Tomoe pour les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois. Jusqu’à ce qu’il revienne d’où il est ; et à ce moment, j’aurai racheté ma place au sein des tiens. Je pourrais reposer le pied dans cette guilde sans ce voile qui cache ma réelle identité. Sans cette honte qui assiège mon âme. Excuse-moi pour le mal que je te fais. Maintenant, pensons au meilleur avenir envisageable, et combinons nos forces pour y parvenir. »

Un silence. Seules les respirations se faisaient entendre. « Tu veux... tu veux tenter de lui parler ? A son âme ? »

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 MessageSujet: Re: La Lettre   

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