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I'm lost without your troll [Uriel]
 MessageSujet: I'm lost without your troll [Uriel]   Jeu 15 Oct - 22:33

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Sybilia Philips

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I'm lost without your troll
Uriel Rudraksha



Era. On sent dans l'air cette oppression empoisonnée par Pestilence. Encapuchonnée, je parcours les rues en marchant le coeur lourd. Les gens ne daignent même pas se retourner pour voir qui se cache sous le morceau de vêtement. Certains courent pour récupérer des remèdes et d'autres pour se sauver avec un bout de pain qu'ils ont volé. Le pays est sens dessus-dessous. Plus je m'avance, plus le sol est sale, moins j'ai le goût de poursuivre... mais je n'ai pas le choix. Le vent ne se lève même pas, suivant la vague de morts qu'il y a eu ici il y a des semaines. J'ai chaud... pas parce qu'il fait chaud mais parce que j'ai tellement d'émotions qui se compriment à l'intérieur de moi, tant d'émotions qui veulent s'extérioriser. C'est difficile d'avancer en ligne droite quand notre vision est embrouillée de larmes... mais j'ai réussi.

Ici non plus il ne reste plus rien. Les gens ont travaillé fort pour dégager les débris et les corps. C'est difficile d'être ici et de regarder vers le haut en s'imaginant que là, il y avait la tour où je travaillais que là, j'ai des amis qui y travaillaient et que c'est là que j'ai décidé de quitté la guilde de Jerenn. Mes yeux s'abaissent avec faiblesse vers le sol et je revois mes amis crier à l'aide, je vois la mort, la chute, le désespoir et un futur chaotique. Je tourne les talons et ferme les yeux pour retenir mes larmes. J'invoque un papillon blanc qui s'envole au-dessus de la terre et fait apparaître toutes les âmes en peine qui n'ont pas su retrouver la lumière. J'en reconnais plusieurs et quand mon regard croise un de ceux-là, je n'arrive plus à me retenir. Mon visage est noyé de tristesse et d'un deuil encore tranchant. Ils se retournent doucement pour me faire dos et suivre le papillon. Après avoir franchi plusieurs mètres, il se sacrifie pour créer l'entrée dans le royaume des cieux là, où ils pourront retrouver un sommeil paisible, là où les gens auront la conscience tranquille.

Crocus. J'arrive dans ce qui reste de la ville. Mes pieds fauchent le trou béant laissé par la bombe. Il ne reste plus rien... mais je continue à marcher parce que pour moi c'est important de me rendre au centre du cratère. À chacun de mes pas, un souvenir retenti de ce qui s'est passé dans cette ville. Je nous revois plonger dans cet autre monde, là où j'ai presque trahi Elena pour avoir la peau de Cobra, là où j'ai eu la chance d'avoir sa peau, là où j'ai échoué à nouveau. Je suis tombée lamentablement... et je me dis que mon coeur ne sera jamais réparé. Quelles sont les chances que je le croise à nouveau et que je le fasse payer pour ce qu'il m'a faite? Après ces années, il n'a pas changé: il est toujours aussi cruel qu'il l'était avant... mais bien que j'aie tenté de l'oublier à maintes reprises, ma tête continue de me tourmenter avec des images de nous deux en haut de cette falaise lors de ce coucher de soleil...

C'est dur d'oublier, c'est dur de refermer une blessure qui a pris tant d'importance dans ma vie mais tant qu'il ne sera pas arrêté, je n'aurai pas la conscience tranquille. Si je l'avais arrêté, peut-être qu'il resterait encore des bâtiments, peut-être que des gens auraient pu retourner à leur maison et vivre leur vie comme avant... mais j'ai détruit leur vie par mon échec. Tous ces gens se meurent et vivent avec plus rien à cause de moi. J'aurais pu arrêter la bombe, j'aurais pu me rendre utile plutôt que de penser à moi-même et laisser tomber cette idée de retrouver Cobra pour sauver la ville. J'ai été égoïste et je mérite un châtiment... Je crie à pleins poumons avant de m'écraser face contre terre pour pleurer. J'aurais du crever avec le reste de mon peuple plutôt que de vivre et faire du mal à autrui... Je n'ai plus rien moi non plus... seulement la survie... sauf que si je me laisse capturer, ma punition ne sera pas la mort, mais de vivre avec mes fardeaux...

Angel's Sky. Je me souviens de la tristesse et de la froideur d'Olivia. Elle aussi, à cause de moi, a perdu sa maison. Plus personne sauf elle y habitait et nous nous sommes sauvés de-là comme des voleurs. Notre mission était de remplir un papier ou de détruire ce qui restait de la guilde pour s'assurer que personne de malhonnête ne décide de s'en emparer. Sauf que la chute d'Angel's Sky a éveillé en moi ce malaise. Et si on avait fait la même chose de Phantom Lord à l'époque? Comment me serais-je sentie? Exactement comme je me sens en ce moment: complètement perdue, affamée, faible et triste. Je tombe sur mes genoux et baisse la tête: où aller maintenant? Après être passée d'un endroit à l'autre pour faire le point, je n'ai nulle part où aller et mes amis sont disparus. Je m'écroule sur le côté parce que j'ai trop faim, tellement faim que mon ventre ne prend même plus la peine de grogner.

« Alors je suppose que c'est la fin... »

Se laisser mourir de faim est probablement une des morts les plus horribles, sauf que de cette façon mon corps et mon âme seront purifiés et j'irai là où je mérite de me rendre. Dire que je pensais être devenue quelqu'un de forte, quelqu'un qui aurait su passer outre le deuil et se pardonner, voir clair mais ce n'est pas le cas. Je pourrais me nourrir, mais je n'ai pas envie de continuer, d'être pourchassée jusqu'à la fin des temps et je suis trop lâche pour mettre fin à mes jours par moi-même... Des pas me forcent à ouvrir les yeux, mais je n'arrive pas à voir correctement. On m'a retrouvée. Je suis condamnée à vivre en cellule pour toujours avec cette conscience assombrie par mes échecs.

« Finissez-en... Ne prenez même pas la peine de m'ame- »

Je manque de salive pour terminer ma phrase et me mets à tousser sèchement. À chaque toux, mon ventre me fait mal. Puisses-tu vite en finir...

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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Mar 20 Oct - 2:08

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Uriel Rudraksha

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ECHOES OF THE FUTURE

« PARTOUT, LA MORT, ET EN MON SEIN LA COLÈRE »


« Terrible, c'est la vision qui s'étale là devant moi. Une vision de destruction, les ruines froides qui depuis longtemps ont cessé de fumer les volutes de poussière et de magie. Des décombres, voilà ce qu'il reste. Des décombres et la mort, emportée peu à peu par cette vie sauvage qui reprend timidement ses droits. Mêmes plusieurs semaines après l'explosion, on retrouve des cadavres un peu partout. Peu ont osé revenir dans l'ancienne capitale, encore moins acceptent ce travail sinistre qui consiste à donner une sépulture décente à ces milliers d'inconnus. Ici et dans les alentours, partout, s'excavent les crânes, les mains, les jambes, servant de terreau à la flore nouvelle qui se nourrit des humains pour laisser éclore les fleurs amères. Et, en silence, la pensée qui dans tous les esprits flottent : tout ceci ne sert à rien. Trop de superficie, trop de victimes, trop de douleur. Partout sur les visages s'affiche le faciès lourd d'une tristesse teintée de colère. Froide, poisseuse, indéfaisable.

Au sein de ce dédale de ruines, je fouille les décombres de ce qui avait dû être, dans un autre monde, une habitation comme une autre. Armé à la ceinture par mon katana et dans le dos par l'énorme épée de Tryndamere, ce sont de bons arguments pour dissuader quiconque de venir me chercher des noises. Avec un grand sac, je cherche ce qui peut encore être exploité. Surtout des vêtements, des couvertures, des bols et autre ustensiles utilisés au quotidien. Dans un placard presque intact, je tombe sur des photos abîmées de ce qui avait dû être les précédents habitants. L'espace d'un instant, mes yeux parcourent le papier en glissant sur les visages avec un frisson glacé dans le dos. Voilà tout ce qu'il reste d'une vie entière. Quelques photos passées qui ne tarderont pas à disparaître. Une certaine colère gronde à l'intérieur de moi, en filigrane, comme un sentiment qui ne m'avait pas quitté depuis le jour où tout a basculé. Ces lieux sont maudits, ou alors ils le deviendront. Plus rien de bon ne sera jamais tiré de ce qui poussera ici.

Je me redresse et finis par laisser tomber cette maison, portant sur le dos le sac qui commence à devenir assez lourd. Les gens peuvent bien penser que je suis un pillard, je m'en moque complètement. D'autres ont besoin de ces affaires, et bien que parfois il est difficile de continuer à fouiller ces décombres sans détourner les yeux, je surmonte l'épreuve en me martelant l'esprit avec l'idée que je ne peux pas revenir les mains vides. Chaque personne qui part en exploration, chaque volontaire le sait. Il faut trouver des vivres, des plantes médicinales, des outils. Il faut trouver de quoi les aider à survivre, eux tous les réfugiés que nous avons accueillis.

Un peu plus loin, cependant, mon attention est attirée par la silhouette d'une personne à terre. D'autres sanglots, certainement, dans les flots sans fin qui se sont mis à couler depuis ces dernières semaines. Mais elle ne semble pas se redresser, elle est peut-être blessée, à bout, ou peut-être qu'elle se sent mal ? Malgré tout, je me dirige vers cette personne, parce que si on ne peut pas aider tout le monde, je ne peux pas laisser quelqu'un à terre. J'entends ses paroles, mais elles se finissent dans une quinte de toux.

Je suis devant elle. Je la vois maintenant. Je vois la douleur qui peint les traits de son visage comme un horrible tableau. Elle, dont la figure trône au milieu de ces boucs émissaires et autres criminels.

Je pose mon sac à côté de moi. Je m'accroupis doucement auprès d'elle. Délicatement, je soulève le capuchon de son vêtement pour la voir à la lumière du jour. Sans précipitation, parce qu'elle est peut-être dans un mauvais état et, surtout, elle semble psychologiquement détruite. Je la retourne sur le dos en faisant attention. Sur mon visage, on peut y lire une certaine empathie pleine de regrets. Une empathie qui partage instinctivement sa douleur dans l'éclat du fond des yeux.

_ Sybilia... »

Elle ne semble à priori pas blessée, mais ses traits sont tirés, son visage fatigué. Quelque part, je suis troublé de retrouver quelqu'un que je connaissais d'avant. Quelqu'un qui a travaillé dans cette ville ravagée par la peste. C'est comme un lien direct du passé, de
l'avant. Encore une âme meurtrie par la vilénie d'Ajatar et de ses sbires.

_ C'est moi, Uriel. Est-ce que tu me reconnais ? »

Il est loin, le temps du prince Philippe. J'espère qu'elle va me reconnaître, qu'elle n'a pas perdu toute sa lucidité. J'espère qu'elle peut encore être sauvée. »
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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Mar 20 Oct - 2:58

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Sybilia Philips

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C'est donc ça la vie d'un criminel? Se battre pour survivre jusqu'à ce qu'on se fasse attraper et enfermer dans une cage? C'est de fuir sans relâche et de se nourrir avec des miettes de pain? C'est de n'avoir aucun contact humain? C'est d'être seul ou accompagné de d'autres gens comme nous? Si j'avais su, peut-être que j'aurais agi autrement... peut-être que je n'aurais jamais rejoint le Conseil et je serais restée une mage indépendante... et si j'avais fait ce choix, je ne serais pas là aujourd'hui à me tordre de douleurs, de peur et de chagrin. Oui, j'ai eu peur et j'ai encore peur. Je tremble comme une feuille. Le destin me fait peur, me retrouver enfermée me fait peur... mutilée devant tous ces gens qui savent que j'ai échoué. Ça me fait mal rien que d'y penser et juste pour éviter une vie de souffrances et de peine, aussi bien me laisser mourir à petits feux...

Et voilà que le karma me frappe à mon tour. Bien que je n'aie plus de famille, il a fallu que moi aussi, tout ce que je connaisse soit anéanti. Cette présence qui vient de me retrouver vient de sonner la cloche de ma condamnation. Bientôt je serai enchaînée, entraînée au milieu d'une foule où on me lancera tous les objets à portée de mains, huée jusqu'au dernier souffle de voix, traînée de force dans une cellule froide à menottes tirées jusqu'à en gruger mes os et pourrissant jusqu'à ma dernière expiration. J'ai essayé de m'intégrer ici et de faire le bien... j'ai fait de mon mieux, papa... maman, même si j'ai déçu Jerenn et perdu les autres. La vie est injuste et elle me punie parce que je suis faible... Ai-je déjà été forte? On m'a demandée d'appartenir au Haut-Conseil pour quoi au final? Qu'on m'accuse de trahison...

Le contact de l'humain me faire frissonner... Je dois faire de la fièvre parce que j'ai froid, parce que mes lèvres sont blanches. Mes mains sont engourdies. Je ne sais pas pourquoi je trouve encore la force de combattre la perte de connaissance. Pourquoi il ne met pas de menottes à mes poignets? Argh... le soleil... T'es cruel toi de retirer cette capuche. Pourquoi tu fais ça? Laisse-moi pourrir à l'ombre et me laisser bouffer par les vautours. Ah non attends, même les vautours ne voudraient pas de ma chaire tellement elle est corrompue et pauvre. Un son vient à mes oreilles. Ai-je bien entendu? C'est un nom... Sy... Sybi... C'est... c'est beau comme nom. Qui le porte? Moi bien sûr. Comment puis-je oublier quelque chose d'aussi important? Ah oui... parce que je n'ai qu'envie d'oublier toute cette histoire, mon histoire. Sauf que la vraie vie ne se passe pas ainsi. On ne peut pas tout modeler comme bon nous chante, on doit survivre à travers les épreuves et espérer en sortir vainqueur... sauf que moi je suis une perdante.

Sa voix de prince me ramène à la réalité. Il se présente comme étant « Uriel ». Un nom... peu commun? Je bats des paupières mais je n'arrive toujours pas à voir quoi que ce soit. C'est embrouillé. Bon sang... mais ça me dit quelque chose. Mais je fais cet effort. Je bats des paupières autant de fois qu'il le faut en répétant « Uriel...? Uriel... » pour me souvenir si souvenirs il y a. Je ne fais pas exprès. Il y a à peine quelques secondes je n'arrivais pas à me rappeler de mon propre nom. Je grimace parce que le moindre mouvement me fait souffrir. Je vois cette touffe écarlate qui brille au soleil, mais le reste j'y reconnais rien du tout. Mon bras se lève tremblotant comme une mémé et ma main atteint les cheveux pour y passer une main.

« C'est... doux... »

Je n'arrive plus à tenir mon bras dans les airs et le laisse retomber contre le sable. Mes yeux se remplissent d'eau: rien pour m'aider à voir correctement. Quand on connaît la sécheresse, le froid et la dureté et qu'on oublie la douceur, c'est presqu'un cadeau tombé du ciel que d'y goûter une dernière fois. Ce Uriel aura au moins été la dernière gentillesse à avoir croisé ma route. Malgré ma faiblesse, je me maintiens réveillée parce que j'y tiens... je veux voir son visage.

« Aidez-moi... »

Pourquoi demander de l'aide quand on ne fait que souhaiter la mort?

« Pitié... »

Parce qu'à quelque part derrière cette terre chaotique se cache encore des gens plein de bonne volonté, des gens au coeur d'or... un espoir cru perdu.

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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Jeu 22 Oct - 2:44

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ECHOES OF THE FUTURE

« PARTOUT, LA MORT, ET EN MON SEIN LA COLÈRE »


« Elle prononce mon nom, mais pas comme elle aurait normalement dû le faire. Je reconnais cette lueur dans son regard, cette divagation familière et terriblement angoissante qui s'empare des esprits et les emmène, peu à peu, dans une dérive dont on ne revient jamais. Un frisson terrible coule le long de mon échine, sur mes flancs et mes bras. Dans ses yeux, je vois la même chose que ce que je vois quand je croise le regarde de mon frère : une absence de lucidité. Un ailleurs, qui laisse entrapercevoir un monde qui n'existe presque plus. Et Sybilia, en cet instant, semble sur le point de quitter ce monde pour voguer vers cet ailleurs. Une douleur me serre le cœur et se dessine un peu plus sur mes traits. Je me souviens ces moments éphémères mais chaleureux passés ensemble à Magnolia. Le feu d'artifice, les brochette de viande au fromage, et la vieille dame au kimono. Elle qui était si plein de reconnaissance envers la femme du Conseil qui avait sauvé ce qu'elle chérissait. Et ces photos, sur le mur, ces photos un peu partout de son passé et de ses mémoires. Ses enfants, ses petits enfants et cette famille qu'elle avait.

Quelque part, je me sens mal. Tous ces souvenirs se mélangent dans une espèce de brouillon informe, se teintent les uns les autres d'échos et de senteurs, des éclats de voix et des lumières dans le ciel, les lumières de ses papillons. Monsieur Renard est mort, explosé dans une gerbe de magie électrique en servant de passeur illégal pour des lacrymas illégales. Et Gangsta Grizz, lui, l'avait-elle toujours ? J'en doutais, au vu de ce qu'il s'est passé. Est-ce qu'elle a fuit ? Est-ce qu'on l'a traquée ? Est-ce qu'elle a ne serait-ce que fait une seule chose dans sa vie pour mériter ce fardeau que désormais on lui impose ? Ce fardeau qui trahit tous ces efforts qu'elle avait un jour déployé pour se battre en ce en quoi elle croyait.

Je la laisse passer sa main dans mes cheveux. Sa peau est froide. Pâle, elle transpire la faiblesse. Quelle sorte de monstre faudrait-il être pour rester insensible à son appel et lui refuser cette aide ? Quel genre de monstre pour voir une somme d'argent dans les souffrances qu'elle endure ?

Pourtant, tout autour de moi résonne le vide et le silence terribles d'une réponse qui hurle l'agonie, au sein même de ces ruines dévastées, tombeau à ciel ouvert de ce qui fut une civilisation.

Je prends quelques vêtements dans le sac et je les roule en boule pour soulever délicatement la tête de Sybilia et lui en servir comme oreiller. Je dégage ses cheveux de son visage et, en faisant attention, j'essuie avec un tissu les larmes qui coulent de ses yeux. Je m'adresse à elle avec gentillesse. Mais une gentillesse fatiguée, comme si on ne pouvait plus en faire preuve en ces lieux désormais.

_ Ça va aller Sybilia, tu n'as pas besoin d'avoir peur. C'est fini. Regarde, je suis là. Tu te souviens de moi ? »

J'essaie de lui sourire, mais ce n'est pas très convaincant. Il n'y a que la mort et les ruines ici, je ne peux pas sourire sincèrement. Encore moins quand je la vois dans cet état. Un regret traverse ma poitrine, comme pour me dire que tout aurait pu être différent. Elle, moi, peu importe que nous nous soyons recroisés ou pas dans le futur. Elle aurait pu continuer sa vie, diriger une section du Conseil, continuer de donner de l'espoir aux gens comme à cette vieille dame au kimono dans la nuit. Et vieillir, et avoir un amant, des enfants, ou peut-être juste des chats. Avoir des rides et devenir trop vieille pour se battre. Juste vivre une vie comme tout le monde, et un jour finir par s'éteindre. A la place, elle est là, à moitié morte, sous la lumière cruelle d'un soleil indifférent. Et moi je me demande, est-ce que je peux lui donner une autre chance ? Est-ce que c'est vraiment une coïncidence, de la croiser en cet instant ? Je crois aux kamis et à leurs manigances, à cette fourberie dont ils peuvent faire preuve mais aussi parfois à cette bienveillance. Peut-être que ce n'est pas juste de la chance.

Je sors de mon sac à dos une outre avec de l'eau fraîche et un peu de provisions. Je dévisse le bouchon et avant d'humidifier mon tissu pour lui tamponner le visage avec.

_ On s'était croisé à la fête du grillon, à Magnolia, tu te souviens ? On avait mangé des brochettes et joué à un jeu de débiles pour gagner une peluche. »

Je cale un peu mieux les couvertures, pour l'aider à redresser la tête en la lui portant à moitié avec ma main. Je porte à ses lèvres l'outre pour lui donner à boire, en espérant qu'elle ne s'étouffe pas avec.

_ Tiens, bois un peu, ça te fera du bien. Je vais t'emmener avec moi Sybilia, mais tu dois prendre des forces avant. Est-ce que tu comprends ? »

Je lui repose le crâne, pour commencer à déchirer la nourriture en petites boules faciles à mâcher. Je ne sais même pas si elle va avoir le réflexe de les manger.

_ Mange ça. Fais moi confiance. Tu me fais confiance Sybilia ? » »
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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Jeu 22 Oct - 3:52

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Uriel Rudraksha



Je n'y arrive pas... J'essaie du plus profond de mon âme d'arrêter de trembler comme une feuille, j'essaie de faire taire cet écho de ténèbres qui me transperce le ventre dans toute sa gamme d'émotions, ce mal de crâne pas possible qui va et qui vient comme un battement de coeur... j'arrive encore à le percevoir celui-là? J'arrive encore à respirer même après tout ça? Comment cesser de trembler quand on ne reconnaît plus rien ni personne? Quand tout ce monde autour de nous est devenu quelque chose de nouveau et d'apocalyptique, chaotique? Y a-t-il encore des gens qui sourient après ça? Des gens qui réussissent à se lever le matin en ayant la motivation, la persévérance de vivre une vie normale? Non Uriel, je n'y arrive simplement pas, la peur fait partie de moi depuis trop longtemps... J'ai toujours peur.

Tes mots ne savent pas réconforter mon âme en peine, mais ils savent me maintenir en vie, me maintenir consciente encore quelques instants avec la réalité avant de tout voir s'effondre dans une dégringolade pessimiste et sombre. On aura beau tendre une main devant nous, mais on aura toujours l'impression d'atteindre une vitre... une fenêtre qui n'existe pas mais qui pourtant est bien là, nous empêche de continuer, de la contourner. Cette fenêtre ne s'ouvre simplement pas, ne s'ouvre simplement plus. Je suis brisée en mille morceaux et il n'y a plus aucun moyen de me recoller. Cette fenêtre, c'est le chemin qui mène droit vers mon coeur, ma tête, mon esprit... mon âme. J'ai tellement souffert Uriel... j'ai tellement souffert que je n'en peux plus. Il n'y a plus rien à faire. À chaque fois que j'ai recollé les morceaux, j'ai cru en quelque chose, un futur, un bonheur qui se partage, un espoir pour moi et pour tous mais du jour au lendemain tout s'est effondré. Cette fois les morceaux sont hors de portée, loin de mes doigts, de mes yeux parce que je les laisse fermés. Plus rien pour me garder à espérer...

Tu es là, mais seras-tu toujours là? Vas-tu mourir toi aussi? Vas-tu me laisser mourir... toi aussi? Ces mots que tu me dis pour te faire rassurant sont-ils aussi francs que tu le prétends? Je ne sais plus si je dois croire aux gens... je ne crois même plus en moi. M'achever serait tellement plus facile et pourtant, tu es là. Est-ce de l'espoir ou de l'illusion? « Je serai toujours là pour toi » qu'ils disaient dans les contes de fée... Je n'aurais jamais du les lire. Ça m'a donné de faux espoirs, une fausse réalité, un futur dessiné par une gamine qui a vu son futur et sa réalité sans cesse chamboulée par sa destinée de malheur. Mon père me disait la même chose... il est mort. Mes amis me disaient la même chose... ils ont disparu. Mais toi, qui es-tu pour me dire que tu es là? Pas mon père, pas un ami... qui? QUI BON SANG PEUX-TU ÊTRE?! Ma main s'accroche à son chandail et je le sers de ces dernières forces qui me restent... Parce que je veux que tu restes... qui que tu sois.

« Non... »

Je ne me souviens pas de toi, pas de ta chevelure, pas de ton visage, ni de ta voix. Qui es-tu? Pourquoi m'aides-tu? Qu'ai-je fait pour mériter de la pitié? Ce doit être ma démence qui me pousse à imaginer cette scène. BON DIEU LAISSE-MOI CREVER! ARRÊTE... arrête avec tes illusions d'un bonheur possible et d'un futur constructif. C'est fini tout ça. Il n'existe pas... il ne peut pas exister... un nom aussi beau ne peut pas exister... pas Uriel... pas même Sybilia. Je ne suis qu'un rêve en croisant un autre et bientôt je vais m'élever vers les cieux... et me réveiller dans le corps d'une autre dans un monde peut-être meilleur. Il bouge un peu, ma tête est soulevée, mais je peine à ressentir ce qui m'arrive. Le froid me fait frissonner, ma tête bouge de droite à gauche pour me débattre. Il fait tous ces efforts pour rien.

Il parle encore... des illusions, un rêve? Son idéal? Non... Je fronce les sourcils et je répète: « Peluche... » Qu'est-ce que c'était? C'était... doux? Comme ses cheveux. Mais bizarre en même temps... pourquoi j'ai un sentiment de jalousie d'un coup? D'un bonheur passé? Est-ce que tout ça était bien réel finalement? Est-ce qu'entre ces malheurs j'ai déjà... souri? Je souris sans me souvenir pourquoi. Mon âme répond au souvenir, mais ma tête est encore dans les vapes. Il apporte à mes lèvres de l'eau que je m'empresse de boire. Je m'étouffe comme une abrutie mais la sensation dans la gorge est si rafraîchissante! Comment on appelle ça? De... l'eau? Oui... Je viens de le penser...

« Où?... Où ça..? Je... JE VEUX PAS! »

Je délire encore un peu. La peur m'embrouille l'esprit. Je savais que tôt ou tard, il m'apporterait à la Reine pour m'enfermer avec les autres... avec les rats et les ordures. Je me débats un peu, renverse de l'eau avec mon bras qui peine à bouger correctement mais je perds vite ma force, je m'essouffle, je boude. Il porte de la nourriture à ma bouche. Qu'est-ce que c'est? Pourquoi me nourris-tu comme un chien? Parce que j'ai déjà été un chien du Conseil? Je ferme les yeux de toutes mes forces et mâche la nourriture dans la lenteur la plus lente au monde. La salive me manque, j'ai du mal à avaler, je manque d'énergie pour mâcher... mais finalement ça passe tout seul. Si je te fais confiance?

« Je... je sais pas... »

À qui est-ce possible de faire confiance maintenant? Comment ne pas perdre la boule comme moi quand on passe son temps à fuir les hommes? Comment croire que la réhabilitation est possible? Que l'amitié est encore possible? L'eau que j'ai avalé me donne l'énergie nécessaire pour pleurer. Un bras pour me couvrir les yeux, l'autre pour tenir son chandail dans un poing ferme. Je suis perdue, je peine à savoir qui je suis, je doute de qui tu es et de qui j'étais... y a-t-il vraiment une place pour nous dans ce monde?

« Quand... quand est-ce que tout ça va se terminer...? J'en peux plus... »

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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Ven 23 Oct - 3:52

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« PARTOUT, LA MORT, ET EN MON SEIN LA COLÈRE »


« Elle réagit, mais elle déraille complètement. C'est dur. Dur de continuer à essayer d'afficher un visage qui se veut rassurant même si elle ne me reconnaît pas. Dur d'essayer de continuer de se souvenir de détails de notre rencontre pour lui parler même si elle ne me comprend pas. Dur de faire comme si tout était normal pour la ramener parmi nous. Dur de voir que, peut-être, elle était à jamais tombée dans cet ailleurs contre lequel je me battais depuis trop longtemps, mais qui a fini par envahir le regard de mon frère. Ce même regard prisonnier d'âmes qui ne sont pas les siennes, de pensées qui l'étouffent sous un amas d'idioties, de considérations haineuses et d'égoïsme perpétuel. Tout ça pour une soit disant Nature, quand ils ne sont rien d'autre que des regrets encore vivants.

Des regrets encore vivants.

C'est peut-être ce que nous sommes, à bercer de chagrin dans nos bras nos morts et nos souvenirs, ces choses qui ont disparues, oblitérées avec un futur qui n'existe plus, remplacées par la perspective incertaine du chaos. Alors que faire, maintenant ? Reconstruire comme si de rien n'était ? Ce n'était pas suffisant. Il y aurait toujours des gens pour détruire, et toujours des gens pour souffrir. Oublier et se laisser aller ? Je tiens bon encore, mais quelque part, un murmure me dit que ça ne sert à rien de supporter les autres si je ne me supporte pas moi-même.

Quelqu'un nous a violé. Moi, Sybilia, eux... Tous, peu importe la distinction. Quelqu'un qui a perdu son humanité, quelqu'un qui ne comprend certainement pas ou plus ce que ça veut dire d'être rattaché au monde, aux autres. Peut-être quelqu'un qui est cassé à l'intérieur, et qui n'a pas réussi à se recoller. Peu importe, car contrairement à ceux qui marchent encore, aux blessés, aux réfugiés, aux endeuillés, contrairement à eux, ce quelqu'un ne pourra plus jamais être sauvé.

Mais la réponse de Sybilia me glace. Moi non plus, je ne sais pas. Je ne sais pas si je pourrais te sauver. Je ne sais pas si tu peux me faire confiance. Il y a ce doute terrible, depuis longtemps, qui semble presque m'avoir rattrapé aujourd'hui. Ce doute terrible qui me fait contempler le gâchis d'une vie qui ne sert à rien. Une vie passée sans rien construire. Une vie qui n'a fait que passer pendant ces dernières années, perdant petit à petit de vue un objectif qui n'a jamais vraiment existé.
Et maintenant ? Je ne sais pas.

Elle se cache pour pleurer, pour que je ne la voie pas. Un poids lourd tombe sur ma poitrine, sur ma respiration, sur mes pensées. J'ai l'impression que je n'aurais pas pu la regarder, de toutes façons. Je détourne les yeux, secrètement. Elle pose des mots sur ces choses auxquelles j'essaie d'éviter de penser. Ces choses amères qui meurent et qui semblent résonner en mon sein avec les mémoires de ce dieu mort qui, à l'intérieur, pleure.

Je pose les petites boulettes. Le visage froncé, j'essaie de remplacer la tristesse par quelque chose de beaucoup plus facile, par quelque chose de plus en colère. Mais je n'y arrive pas tout à fait et, comme avec résignation, comme si c'était fini, je passe mes bras sous ceux de Sybilia, je la redresse vers le haut, avant de la prendre dans mes bras avec une infinie précaution. Comme une enfant, comme une mère, comme quelqu'un qui ne peut plus avancer. Juste un geste de réconfort, parce que les mots n'ont pas de chaleur, et ne remplaceront jamais le cœur. Je lui caresse les cheveux avec lenteur, les yeux dans le vague, moi-même luttant contre cette mer qui s'enflamme et qui coule.
Parce que c'est tout ce que je peux faire.

_ C'est fini Sybilia. Il n'y a plus personne pour te faire du mal... »

Et au fond, j'ai juste l'impression de lui mentir, car tout ceci se résume à quelque chose de beaucoup plus vide de sens.

_ Il n'y a plus personne. » »
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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Ven 23 Oct - 22:21

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Sybilia Philips

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I'm lost without your troll
Uriel Rudraksha



Les regrets, le passé, l'amertume de l'échec, je ravale mes souvenirs avec difficultés. Quand on regarde le futur, c'est ce qui se trouve derrière nous qui nous montre sur quelle dalle marcher. Quand je regarde mon passé, il n'y a plus de dalles, je suis figée sur place en attendant qu'un signe m'apparaisse, que de l'autre côté de cette route brumeuse, je sache qu'il y a plus que du malheur et de la peine, la destruction et l'appréhension. Devant moi, c'est une nappe de brouillard qui me donne l'impression de n'être en fait qu'un mur de briques. Il n'y a pas d'issus, pas d'options pour reconstruire ou refaire certaines actions. Le mal a été fait, le mal ne peut pas être défait, je suis le mal qui n'arrive pas à se faire pardonner, à se pardonner. Qu'y a-t-il pour nous?

Des regrets encore vivants qui nous transpercent et qui nous clouent sur place, qui nous rabaissent et qui nous rient au visage alors qu'on tente de se relever. Des regrets impardonnables, irréparables, inoubliables. Véritable torture infernale psychologique implacable quand on n'arrive plus à avancer. Des regrets qui tournent et se retournent en boucle dans notre cervelle pour bien nous rappeler qu'on a échoué. Vivants, ils nous torturent comme le diable se donnerait à coeur joie, ils vivent en nous au rythme de notre respiration. Comment penser à autre chose? Croire en autre chose? Ces regrets m'ont presque fait oublier mon nom et peu à peu prennent la place de mes souvenirs. Réussirais-je à me pardonner pour me souvenir?

Qu'est-ce qui est fini dis-moi? Qu'est-ce qui est réellement fini? Ne me dis pas que le chaos est éteint parce que je ne te croirai pas. Le chaos est toujours là, partout, mais surtout dans ma tête. Un chaos qui se joint à la danse des regrets lorsqu'il me serre dans ses bras. Mis à part la tristesse et la fatigue, suis-je capable de ressentir cette chaleur qu'il tente de me transmettre? Ou bien suis-je trop figée dans la pierre de mes regrets pour ressentir quoi que ce soit d'humain? Rien n'est fini tant que je serai tourmentée, tant que je ne réussirai pas à me rappeler... Mon nom me tend la main, lui aussi veut s'effacer, disparaître à jamais comme le reste. Si je n'ai plus de nom, que me reste-t-il? Toi? Le son de ton battement de coeur? Non parce que ça aussi mon corps risque de l'oublier...

Mes larmes continuent de couler sans que je n'en aie le moindre contrôle, mais au moins mon esprit se montre un peu plus calme... mais il s'agit dès que je doute. N'y a-t-il vraiment plus personne qui me fera du mal dans ce monde? Suis-je vraiment en sécurité? Et toi, me dis-tu cela pour que je cesse d'être crispée? Ou bien me dis-tu la pure vérité? Me mens-tu pour me faire plaisir? Tu veux me faire du mal, pas vrai? Mais j'ai, à quelque part, l'impression que c'est tout le contraire. Mon instinct me dit que l'homme qui se trouve devant moi est plus qu'un être vivant parmi tant d'autres. Il a quelque chose en quoi j'ai envie de croire. Pendant que ce pressentiment m'habite, ma tête me dit tout le contraire. Les hommes sont tous les mêmes et ils nous trahiront tous un jour ou l'autre.

Mais il a raison... Il n'y a plus personne. Qui pour nous aider nous? Qui pour croire en nous? Qui pour rebâtir ce qui a été détruit? Qui pour nous nourrir? En qui avoir confiance? Nous-mêmes à toutes ces questions. Il n'y a plus personne en qui notre vie peut être confiée car la moindre erreur mènera à un enchaînement de situations chaotiques. Et toi qui me serre de façon plus sincère que cet enflure d'Ajatar, toi qui partage avec moi cet échange de chaleur, toi qui tente de me rassurer, de me nourrir, m'aider, en toi devrais-je croire? Il n'y a qu'une façon de le savoir. Je me décale un peu de sa personne pour essuyer mes yeux. Le brouillard me semble être levé, j'arrive à voir mieux. Les traits de son visage, cette flamme au fond de ses iris, les détails de sa chevelure en bataille. Mes mains glacées se placent de chaque côté de son visage. Mes yeux rougis par la peine le fixent dans le plus profond que son âme puisse projeter.

« Es-tu seulement humain pour avoir tant de coeur?»

Il n'y a que les hommes pour détruire, se détruire. Il n'y a qu'eux pour faire grandir le malheur, inventer des raisons pour ne pas aider son prochain, pour être égoïste, pour voir une jeune femme affamée recroquevillée sur elle-même dans une ruelle sans lui prêter mains fortes? Uriel, tu es le premier depuis des mois qui ose m'adresser la parole, m'aider à me relever, me proposer ton aide, me serrer contre toi pour me rassurer. Je n'ai pas eu peur seulement d'être pourchassée, mais d'avoir perdu mon humanité. Suis-je devenue un monstre aux yeux des autres? Est-ce que cela prend un autre monstre pour en approcher un? Es-tu un monstre, Uriel? Cette flamme dans le fond de tes yeux est-elle normale?

« Peu importe qui tu es, peu importe qui nous étions je te suivrai jusqu'à ce que je me souvienne. »

Le battement de son coeur si... humain a su me remettre les pendules à l'heure. Est-ce temporaire? Est-ce permanent? Est-ce moi qui parle? Mes mains relâchent son visage, je baisse les yeux. Je regarde les boulettes de nourriture et avec lenteur j'en attrape une et la porte à ma bouche. J'ai froid. Même sous ce soleil cuisant, j'ai froid. J'ai une boule dans l'estomac qui me pousse à vouloir trembler à nouveau. Je prends de grandes respirations. Je ne dois pas craquer à nouveau. Je dois reprendre des forces pour savoir qui nous étions. C'est le seul homme à se souvenir de moi et à me venir en aide. Que lui ai-je fait qui ne l'ait pas poussé à imiter les autres et à m'ignorer? J'ai encore un brin de curiosité enfoui au fond de mon âme et je l'exploiterai à son maximum. Mes mains se rendent à mes jambes. Je les masse avec un grincement de dents. Arriverai-je à marcher à nouveau? Je soupire, je ferme les yeux, me masse les tempes et tente de me souvenir.

« Avais-je un nom de famille? ... Non oublie, ce ne doit plus être bien important maintenant... »

Mais rien... rien que j'aie envie de me rappeler...

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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Mar 24 Nov - 11:23

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ECHOES OF THE FUTURE

« PARTOUT, LA MORT, ET EN MON SEIN LA COLÈRE »


« Ça aurait pu être plus facile de quitter les lieux, de ne pas revenir, de se dire qu'il suffisait d'oublier ce qu'il venait de se passer pour en effacer une part de la terrible réalité que les évènements portaient. Ça aurait été beaucoup plus facile, oui, de refuser de voir cette destruction, ces morts, ces vies brisées qui erraient désormais comme les hères perdues d'un exil le long des routes, cherchaient refuges dans les villes et villages proches, montaient des camps de fortune où plus aucune loi ni autorité ne fournissait un support à la part civilisée de l'Homme. Il y avait l'unité dans le malheur, mais il y avait aussi l'étiolement progressif de milliers de survivants, battus dans leurs psychés, mis à mal, qui luttaient contre les autres mais aussi contre eux-même pour ne pas devenir ces monstres de haine et de ressentiment contre une vie qui ne les avait pas épargnés. Oui, ça aurait été plus facile d'ôter de la vue cette réalité, mais ça ne l'en aurait pas pour autant fait cesser d'exister. Ça aurait été une lâcheté éphémère, une mascarade égoïste. C'était facile quand on n'avait pas de famille vivant sur les lieux du crime, de céder à cette tentation, de partir loin pour ne pas sentir les échos de cette agonie. Mais c'était faible, et c'était donner la victoire morale aux êtres abjects qui en avait perpétré le méfait.

Et le regard de Sybilia est comme un harpon sanglant qui se fiche dans la chair de mes yeux pour y semer une douleur qui rappelle à l'indicible réalité.
Sa douleur, celle qu'elle a dû affronter en face, qu'elle a dû voir arriver, impuissante au final, faucher les rangs de ses collègues, amis, parents ou que sais-je encore. Comme un harpon qui te relie pour toujours à cette douleur que tout le monde partage et qui t'empêchera à jamais de l'ignorer. Mais même si cela me donnait envie de fuir, de détourner mon regard d'une humanité capable de faire ça, au fond, c'était surtout de la colère, et l'empathie qui soufflait à l'oreille que, si je me détournais de la douleur des autres, je serais pire que ceux qui l'ont causée. Il y avait comme un devoir, une nécessité de reprendre les choses en main, d'aider les gens à reconstruire et à se reconstruire eux-même. Parce que laisser là béantes ces plaies sinistres à la face d'un ciel indifférent, c'était garder la marque indélébile de l’infamie d'Ajatar. Non, ce qu'il fallait faire, c'était construire quelque chose d'encore meilleur, quelque chose qui leur échapperait toujours, quelque chose qui ferait ressortir ce qu'ils étaient incapables de saisir, là à se morfondre sur leurs petites existences misérables et à faire leurs caprices de traumatisés : la liberté.

Sybilia semble perdue, perdue dans la confusion entre la douleur et le chagrin, et de la voir ainsi se raccrocher à moi comme un pont fixe me donnait des frissons. J'avais l'impression d'une responsabilité terrible, une responsabilité que j'avais déjà eu avec Altiel, et que j'avais échoué. Mon frère était fou, et il n'y avait rien que je puisse faire pour empêcher cela. Alors voir ainsi Sybilia craquer, je refusais de la laisser s'en aller sans lui porter secours, mais quelque part il y avait ce rappel infernal qui me chuchotait que, peut-être, je n'en étais pas capable.

Et ses mains sont froides. Froides et pâles comme une mort qui, tranquille, survole le champ de bataille en appelant ses enfant à elle.

_ Sybilia... »

Je ne sais pas vraiment quoi lui dire. Je ne sais pas vraiment les mots qui pourraient l'aider.

_ Il reste des choses qui ont de l'importance. Il reste des choses dont il vaut la peine de se souvenir. »

Je lui serre un peu les épaules en signe de réconfort.

_ Viens. Partons de cet endroit. Laisse-moi t'emmener quelque part de plus calme. Quelque part où je pourrai t'aider. »

Je me lève doucement, en la prenant par la main pour l'inciter à faire pareil.

_ Est-ce que tu peux marcher ? »

Qu'importe, je la porterai s'il le faut. »
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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Dim 29 Nov - 23:36

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Sybilia Philips

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Uriel Rudraksha



Qu'est-ce qui vaut vraiment la peine que je me souvienne? Qu'est-ce que dans une vie de pauvre femme puisse être aussi précieux? Tout ce que j'arrive à me souvenir, c'est ce que j'ai vu et entendu les derniers jours. Il y avait ce blond qui me traitait comme un vulgaire déchet, il y avait ces mains que j'ai faites exploser pour me défendre, il y avait cette peur dans mon âme, ces villes détruites, ces larmes, cette volonté de vengeance de la part de ces civils. Je me suis rendue ici sans vraiment savoir pourquoi. J'écoutais mon coeur, cette voix inaudible qui me poussait à avancer pour me rendre sur les lieux de ces dernières ruines. Un arbre, un bâtiment en forme de château volant... mais tout autour c'est le néant. Du sable, de la terre, quelques arbres. Rien à manger ou à boire et je me suis retrouvée ici au bout de mes peines. Je regarde les ruines et j'éprouve que de la rancoeur... comme à chaque ruine que j'ai croisée. Est-ce que... est-ce que c'est de ma faute? Est-ce que c'est pour ça que je me sens si mal? Que les gens me traitent comme une traître incapable?

Il prononce mon nom. Je suis figée dans son regard, hameçonnée sans jamais pouvoir décrocher. Parce que dans son regard, il y a une flamme vive qui n'attend qu'à être partagée, qu'à réchauffer un coeur meurtri comme le mien. Je suis hypnotisée par des yeux comme ceux-là, j'arrive plus à regarder le rancoeur qui se retrouve juste derrière lui. C'est comme si... c'est comme si je voulais m'en sortir, vraiment. Mon nom sorti de ses lèvres me donne des frissons. C'est bien moi. Oui, je m'appelle Sybilia. Mon âme reconnaît le nom. Je n'ai pas envie de l'ignorer. À partir de cet instant, j'aurai l'envie de me retourner, je me sentirai interpellée lorsqu'on prononcera mon nom. Ce frisson c'est l'éveil de mon âme, cette porte qui m'amène vers la vérité. Il prend une pause. Sûrement qu'il n'arrive pas à trouver quoi me dire vraiment. Mais qu'est-ce qu'il y a à se dire après l'Apocalypse?

Il me dit qu'il y a des choses qui ont de l'importance. Mais comme quoi? D'où je viens? Qui m'a élevé? Ce qui s'est passé? Ce que j'ai fait? Est-ce vraiment important ce que j'ai fait? Dans un sens ça l'est parce que ça m'aiderait à comprendre pourquoi tous ces gens me détestent, pourquoi je me sens mal quand je vois de la peine dans les yeux des gens, quand il y a ces bâtiments effondrés, décimés par quelque chose de puissant et d'incontrôlable. Est-ce que c'est important de savoir qui je suis? Mon âme a l'intention de se souvenir de qui j'étais et c'est peut-être une bonne chose. Notre identité, dans un monde aussi pauvre, est une des choses les plus précieuses qu'on puisse avoir... mais moi je l'ai perdue. Je l'ai perdue avec tout le reste: la joie, l'espoir, la haine, l'envie... Mais quand je le regarde dans les yeux, je me dis qu'il y a bien quelque chose qui vaille la peine que je me souvienne:

« Tu as raison... Tu vaux la peine que je me souvienne. »

Tu es là, tu ne m'abandonnes pas, tu prends soin de moi comme personne, tu me rassures, tu ranimes des flammes que je pensais bien froides au fond de moi, tu me donnes envie de vivre, découvrir le monde, un nouveau monde, tu me fais oublier mes problèmes, tu me fais me sentir bien, tu me redonnes espoir. Ton contact me réchauffe l'âme, j'ai envie de sourire... sincèrement. C'est la moindre des choses. Pour le peu que j'aie à t'offrir en compensation, c'est le mieux que je puisse faire. La seule chose que j'arrive à faire, c'est pleurer... mais pleurer de joie. Je suis contente que tu sois là, que t'existes, que tu m'aides, que tu me réconfortes. Tu me fais du bien et pour ça... je te souris, sincèrement. Tu veux m'amener loin d'ici, là où tu pourras m'aider. Tu prends ma main. La chaleur de la tienne me fait bizarre, mais j'aime ça. J'aime sentir le vivant. Je regarde mes jambes, j'essaie de bouger mes pieds, je grimace, je secoue la tête.

« J'ai trop mal aux jambes. J'arrive à peine à articuler mes orteils... »

Mais pour lui, ce n'est pas un problème. Il veut m'amener, il y tient, c'est sincère. Il me porte sur son dos. Je fais de mon mieux pour qu'il force le moins possible lorsqu'il me lève du sol. Je souffre une dernière fois en poussant avec mes jambes. Puis il se met à marcher vers je-ne-sais-où. De quel endroit parlais-tu? Combien de temps as-tu à supporter mon poids, Uriel? Combien de temps serai-je un fardeau pour toi? Mes mains délicates qui s'étaient enroulées autour de son cou se resserrent à son torse. Je me sens bien, en sécurité. Pour une fois depuis je ne sais combien de temps, j'ai confiance. La seule chose que j'arrive à articuler c'est:

« J'espère que ce festival en valait la peine... »

Puis je m'endors dans son dos le sourire aux lèvres...

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 MessageSujet: Re: I'm lost without your troll [Uriel]   Mer 20 Jan - 3:14

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Uriel Rudraksha

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ECHOES OF THE FUTURE

« PARTOUT, LA MORT, ET EN MON SEIN LA COLÈRE »


« Tu vaux la peine que je me souvienne. Je laisse les échos de la phrase mourir entre nos pensées sans y répondre, sans réellement savoir quoi répondre. Si je peux représenter de l'espoir pour elle, alors comment pourrais-je lui refuser cet éclat de chaleur dont elle semble si avide, après toute cette désolation arpentée ? Mais quelque part, une sorte de culpabilité me ronge le fond du cœur. Une culpabilité dont moi-même j'ignore vraiment le fondement. Est-ce que mon frère n'est pas déjà mort quand j'aurais dû être là pour veiller sur lui ? Est-ce que je n'aurais pas pu prendre une part plus énergique dans le combat contre Ajatar ? Car après tout, si j'ai intervenu, j'ai considéré avec tout le sérieux du monde leurs motivations. Je les ai considérées pour apercevoir un futur où j'aurais fait miennes leurs convictions. Mais en miettes, celles-ci sont désormais. Ajatar n'est qu'une ombre, une suite de circonstances fâcheuses qui ont mené à une telle destruction. Ajatar n'aurait simplement jamais dû exister, car aucun de leurs membres ne semble être autre chose qu'un cauchemar aveugle et égoïste. Aucun de leurs membres ne semble vraiment digne d'exister. Mais dans ce cas, ai-je le droit de laisser à Sybilia l'illusion qu'elle peut se souvenir de moi ? Se souvenir, mais de quoi exactement ? De ma non action, de comment Rhynal a été sauvée mais sûrement pas grâce à Uriel Rudraksha ? Quelque part, pourtant, je sais que je ne crois pas moi-même en une morale aveugle et bornée. Et que s'ils avaient été responsables, j'aurais pu les suivre. Mais s'ils avaient été responsables, ils n'auraient pas détruit une moitié de continent sans motivations valables.

Sybilia ne semble pas en état de réellement marcher, et je ne me sens pas de la forcer même quelque peu. Je la prends sur mon dos, traînant le sac dans lequel j'ai placé l'épée de Tryndamere, les fournitures, couvertures et autres ustensiles sur le sol dans un raclement continu. C'est lourd. C'est putain de lourd et chaque pas semble comme celui d'un colosse prêt à vaciller au moindre écart d'équilibre. Mais j'avance, déterminé, comme portant là un fardeau mérité, celui de la repentance d'une humanité qui se tapit en chacun comme un monstre prêt à détruire, mais aussi comme l'espoir qui ravive un feu mourant. Je progresse lentement et je prends garde à ne pas trébucher sur les débris qui jonchent les pavés des rues abandonnées, ici et là, en direction de l'extérieur de la ville. Je sens, au loin, la présence de mes deux frères loups, eux-mêmes conscients et alerte de ce qui est en train de se passer, et ils sont dans mon esprit comme le phare qui me guide. Je me rapproche d'eux petit à petit et, instinctivement, ils se portent à mon secours, même avant que je ne les vois, lorsqu'au bout d'une dizaine de minutes je commence à fatiguer. Je sens l'afflux d'énergie vitale me parvenir au travers du lien invisible qui nous relie. Je les sens absorber la fatigue qui à chaque pas se fait plus forte pour me soulager et me faire aller plus loin.

Au bout d'un temps, je les rejoins, aux limites de cette terre qu'ils refusent de fouler car souillée par une hérésie sans nom, portant les stigmates d'une mort sans but et l'odeur des cadavres en putréfaction qui jonchent par dizaines ici et là le paysage de désolation. Déjà, les deux halètent, et je presse le pas en respirant plus profondément. Je ne pourrais pas pomper leur réserve d'épuisement trop longtemps, ne serait-ce que parce que je me refuse de les épuiser dans ce qui est ma tâche. Au bout d'un moment cependant, j'incarne en moi le spectre sinistre de l'esprit d'un dieu de silence et de cendre et, porté par ses ailes, je file, elle sur mon dos, à une allure bien plus vive juste au-dessus du sol, encadré par les deux loups lancés à toute vitesse parmi les landes de verdures balayées par le vent. Parvenant aux abords de la forêt, nous nous y enfonçons secrètement et ne tardons pas à atteindre notre objectif : un arbre d'une taille bien plus imposante que la moyenne, dont la simple présence semble irradier une harmonie paisible et lumineuse. Son tronc, tortueux, est comme une tornade de bois et la silhouette biscornue de la chose ne lui ôte en rien sa majesté. Un fin film de sueur a commencé a se former sur mon front. J'inspire profondément et avance entre ses racines, jusqu'au creux qui semble s'ouvrir en son sein. Je ressens l'appel mystique qui m'y lie et nous disparaissons alors, avalés par l'écorce et la verdure.

***********

Sybilia repose sur un petit lit plein de couvertures dans une petite maisonnée en bois, formée par quelques arbres qui semblent avoir poussé grossièrement en ce qui ressemble à des murs et un toit sommaire. La technique est encore à parfaire, mais elle progresse, et a le mérite de faire son office. Meublée chichement, elle l'est avec ce qui a été récupéré au fur et à mesure dans les ruines de Crocus et d'Harujion. Ici et là, une branche pousse hors du mur et étend ses feuilles à la lumière d'un soleil qui perce dans les quelques trous des cloisons. Quelques chaises, une table, une armoire pour y déposer vêtements et outils de la vie quotidienne. Pas grand chose. Le bruit léger d'un cours d'eau berce l'ensemble ainsi que de lointains échos d'une activité humaine éparse, et l'ensemble était presque poétique dans le genre champêtre rustique. Du moins jusqu'à ce qu'on sache que toutes ces choses ont appartenu à des gens probablement morts désormais. Une petite cheminée en pierre et argile est aménagée et une ouverture un peu tordue sert d'entrée, avec une porte en bois. Sur le seuil de celle-ci, fermée, est étalé en travers la louve Valhar, qui observe d'un air à mi chemin entre le curieux et l’ensommeillé l'activité lointaine d'autres humains, qui s'activent à une occupation quelconque. Je ne suis pas loin, accroupi au bord du cours d'eau, torse nu, en train de me rafraîchir le visage et le corps sous le soleil déjà fort de la fin d'après-midi, pendant que Ryn s'amuse à chasser du poisson (ou en tout cas à essayer). »
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