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The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia
 MessageSujet: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Ven 17 Juil - 13:10

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Pia E. Divocci

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Leïla et Pia

Tes talons claquant le dallage sobre du musée de Crocus accompagnaient le crissement aigu du fauteuil roulant de Mrs. Potter. La vieille dame, recroquevillée au fond du siège que tu poussais lentement, tournait avec une lenteur extrême son cou pour contempler tantôt à gauche, tantôt à droite les diverses œuvres qui étaient affichées au public. Ton œil se contentait néanmoins de rester figé devant toi, préparant la trajectoire du fauteuil que tu poussais du bout des doigts et ne daignant pas se poser sur ne serait-ce qu’un seul tableau, sauf si bien sûr la grand-mère te demandait ton avis sur telle ou telle toile. Rares étaient les passants en cette heure, et en plus des sobres bruits que vous faisiez en vous déplaçant, le tic-tac régulier des horloges posées au-dessus de chacune des arches qui reliaient les différentes pièces résonnait dans l’intégralité de la galerie. Quand tu passas sous une de ces voutes en pierre, tu levas brièvement les yeux pour lire l’heure affichée : onze heures quarante. Encore quelques minutes et le lieu fermerait ses portes.

« J’aime beaucoup celui-là. Il est nouveau ? » Tu soufflas silencieusement, les yeux clos, non pas exaspérée par les paroles de la vieillarde, mais plutôt intimement touchée par ce qu’elle disait. Mrs. Potter était une vieille femme qui avait toujours eu la chance de vivre décemment à Crocus, sans pour autant rouler sur l’or, et elle était parvenue, tous les ans, à rassembler suffisamment d’argent pour permettre autant à son défunt mari qu’à ses enfants aujourd’hui disparus de vivre correctement. Elle était aujourd’hui prise en charge par un établissement spécialisé, n’ayant plus aucune famille dans les environs. Pour tuer le temps, tu avais proposé tes services à la direction sous une fausse identité, et ils t’avaient accepté après quelques entretiens. Ta mission était simple, tu devais faire passer le temps à ces vieilles personnes qui n’avaient plus rien à faire de leurs journées. Chaque jour, tu guidais Mrs. Potter au musée de Crocus, arpentant la galerie en suivant le même trajet, arrivant et repartant aux mêmes heures, comme si la visite était chronométrée. Et chaque jour, elle s’émerveillait devant ce tableau qu’elle redécouvrait, et elle restait quelques minutes silencieuses à contempler les traits saisissants que le peintre avait tracés voilà des années. Tu l’installas bien face au tableau et tu restas droite, le visage baissé, patiente.

Tu étais troublée par l’impossibilité pour toutes ces personnes âgées de se souvenir de la moindre petite chose. Tous les jours, Mrs. Potter croyait venir pour la première fois au musée et restait bouche bée devant cette toile si particulière. Tu te demandais, au fond, si un jour tu connaitrais un tel rythme de vie. Ta mémoire à toi était infaillible, tu n’arrivais pas à oublier ce que tu avais vécu, quand bien même tu le désirais. Tu connaissais si bien chacune des œuvres présentées que tu n’avais même plus besoin de tourner la tête vers elles pour te les représenter. Tu pouvais guider la vieille dame les yeux fermés, n’écoutant que le claquement de tes pieds sur le sol, car tu savais quel chemin emprunter et le nombre de pas qu’il te fallait pour y parvenir. Elle et toi étiez totalement à l’opposé : alors qu’elle goutait à nouveau au plaisir inédit, ta liste de plaisirs à toi s’amenuisait progressivement. Quand tu auras tout vu, tout entendu, et que tout restera au fond de ta tête sans plus jamais pouvoir en sortir, tu ne connaitras plus jamais l’émerveillement que tu devinais sur le visage de la grand-mère. Cette fatalité te faisait peur, et tu tentais de te consoler avec raison en remarquant qu’il te restait encore énormément de choses à connaître dans la vie. A commencer par Seth, dont son absence te pesait toujours plus, malgré toutes les activités annexes que tu t’imposais pour espérer l’oublier rien que quelques heures jusqu’à son retour.

Focalisée sur tes sombres pensées, tu n’entendis que tardivement une personne entrer dans la pièce. Du coin de l’œil, tu remarquas qu’il s’agissait d’une jeune femme rousse, d’environ ton âge, peut-être légèrement plus jeune. Tu te détournas d’elle pour te concentrer sur la vieille femme quand tu remarquas alors que sa tête penchait anormalement sur le côté. Quittant ton fidèle poste, tu détournas le fauteuil pour faire face à Mrs. Potter. Sa poitrine frêle ne se soulevait plus. L'air grave, tu t’accroupis face à elle, posant deux doigts à l’intérieur de son poignet pour détecter un pouls, et avec étonnement tu sentis un battement léger. Enfin, tu réalisas qu’elle respirait soudainement avec une certaine exaltation. Elle dormait, simplement, et en arrivant à ce diagnostic, tu ne pus t’empêcher de rire nerveusement tout en te redressant. Puis, reculant sur quelques pas, tu te stoppas juste à côté de la seule autre personne dans la pièce pour bien ancrer cette scène sur ta rétine : Mrs. Potter face à son tableau, endormie.

Une légère mélodie fut passée dans le musée, pour signifier qu’il fermait bientôt ses portes. La grand-mère ne broncha pas et resta immobile. Tu te détournas avec allégresse vers l’autre femme, la contemplant sérieusement pour la première fois.
« Vous pensez qu’ils me mettront dehors de force ? Je n’ai aucune envie de la réveiller, elle est si paisible ici. »
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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Sam 18 Juil - 15:57

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Dans ce lieu où les vieilleries étaient accumulées, que même nos ancêtres ne pouvaient s'empêcher d'admirer, il régnait une ambiance dont la poussière et le temps étaient les maîtres acteurs. Ce n'était pas comme si l'on entrait dans une vieille bâtisse décorée de porcelaine, de meubles d'héritage et d'une cheminée encore chaude en plein centre, c'était comme si l'on se trouvait au milieu de tout, au milieu de toutes ces époques et mouvements artistiques différents. On jugeait les couverts par leur aspect et leur gravure plutôt que pour leur coupant ou leur poids, on n'avait d'yeux que pour le cadre du miroir alors que son reflet semblait futile. C'était même plus chaleureux d'admirer toutes ces choses rassemblées dans ce lieu intemporel que de les voir vieillir chez le propriétaire initial de l'objet. Des peintures essentiellement mais aussi des sculptures étaient là pour rappeler les moments forts de l'Histoire ou tout simplement pour en dépeindre les coutumes que l'on avait, la mère qui nourrit ses enfants, l'homme jouant aux cartes, et plein d'autres situations similaires. On pouvait aussi voir que les techniques des Hommes devenaient de plus en plus minutieuses et précises puisque le détail faisait le tout au final. On avait ça et là quelques œuvres qui ressemblaient presque à des photographies alors qu'elles étaient peintes, leur ôtant tout le charme de l'artisanat lorsque l'on se plaçait assez loin pour le redécouvrir en s'approchant. Tout cela, c'était un univers qui passionnait Leïla. C'était un des rares plaisirs qu'elle avait avec la lecture et la mode. Elle aimait toute forme d'art intemporel, elle aimait tout ce qu'elle pouvait garder chez elle pour reconnaître à chaque fois le plaisir de l'admirer encore. Ces histoires, ces tableaux, ces tenues, c'était un travail d'artiste que de leur donner forme et elle respectait à chaque fois l'art et la manière avec laquelle ils parvenaient à la faire voyager à travers leurs œuvres.

Leïla s'était alors rendue dans ce musée de Crocus qu'elle n'avait jamais visité auparavant. Le plus grand de Fiore et c'était ça qui lui faisait peur. Elle s'était dit qu'elle devrait se réserver une semaine entière pour pouvoir tout visiter et c'est ce qu'elle fit, tout en ne prévenant pas ses camarades sirènes. Elle agissait souvent sur un coup de tête, sur une impulsion qui la poussait à résoudre ses envies et cela même si cela l'aurait attristée de ne pas voir Soledad ou Hana pendant sept jours. Une semaine sans avoir à raconter de ragots, de rire des tenues des femmes qui passent, de se raconter leur histoire d'amour, et tout cela entre amies. C'était horrible pour Leïla, mais elle avait autre chose en tête. Et en se défaisant du doux cocon des Sirènes, elle savait qu'elle avait beaucoup plus de chances de faire la rencontre de l'homme de ses rêves. Jamais elle n'avait vu le reflet d'un homme qui en valait la peine, jamais elle n'avait pu goûter aux lèvres douces et pures d'un homme motivé par la passion. Ce n'étaient que des chiens, avides de luxure alors qu'ils venaient avec leur bourse remplie pour la vider dans le coffre qu'elle leur réservait. Une dure époque pouvait-on croire mais cela n'avait fait ni de bien ni de mal à la jeune femme. Elle savait et de par ce fait elle s'attendait à ce que ces hommes ne recherchent que l'accomplissement de leurs désirs, elle ne considérait même pas ces rencontres comme une partie de sa vie sentimentale. C'était un boulot, rien de plus. Et dans l'amour, elle recherchait de l'art. Elle voulait voyager au plus loin lors de ne serait-ce qu'un baiser, ressentir le besoin d'en découvrir un autre alors que ses saveurs l'étonneraient davantage. C'était ça pour elle, l'art.

La rousse déambulait dans les couloirs alors que c'était son premier jour, ne sachant pas par où commencer tant le musée était grand et complexe. Il y avait plus d'un étage et à chaque étage de nombreux quartiers regroupaient des œuvres classées par thème ou peuple. C'était un endroit grandiose qu'elle s'empressa de visiter, elle marchait tantôt à gauche, tantôt à droite pour essayer de trouver cette œuvre. Ce tableau dont elle avait tant entendu parler, mais à chaque fois elle tombait nez à nez avec une création d'un de ses artistes préférés. Un coup de cœur alors qu'elle s'éloigna difficilement, réfutant ses sentiments pour les remettre à plus tard. Elle faisait du repérage et dans cet endroit ses yeux étaient tout bonnement remplis d'étoiles. C'est une liste qui se dressa dans sa tête, une liste qui dessinait déjà le parcours de sa prochaine semaine dans le musée et lorsqu'elle voyait à cette heure-ci le peu de monde, elle ne pouvait que s'extasier de pouvoir passer des heures à parler toute seule devant les tableaux. Elle s'arrêta alors devant un premier, l'admira de face, de profil, en vue de plongée ainsi qu'assise sur ce fauteuil qu'ils avaient laissé à disposition. Jambes droites, croisées, de face, de profil, elle répéta les mêmes gestes une fois assise.

Grandiose ! C'est impressionnant la manière avec laquelle on se sent toujours sous le regard séduisant de cette homme. Et bien qu'il tienne les mains de cette courtisane, son petit sourire en coin ne détrompe pas, il ne souhaite absolument pas l'épouser. C'est à l'artiste qui l'a peint qu'il souhaite donner son cœur et non pas à celle que le destin lui a livré. Cette œuvre retrace entièrement l'histoire sentimentale du Marquis de Clover. C'est dommage que l'artiste n'ait pu lui avouer ses sentiments avant qu'il ne se marie. Même s'ils sont devenus amants, ils auraient pu avoir une liaison libre et n'auraient plus eu à se cacher de la cour.

Elle rêvait de cette histoire et ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine tristesse quant à leur romance.

Si j'étais lui j'aurai directement dit à cette cruche que je ne l'aimai pas. Ou plutôt "Mes yeux n'ont été créés que pour admirer la beauté d'un soleil aussi ravivant que chaleureux. Il en est tout autre de vos pluvieuses rondeurs et commodités qui me lassent d'un automne solitaire. Mon cœur n'a de battements que pour moi seul, il ne peut suffire à nous deux. Etouffé, que dis-je, je suffoque et ne puis vous en dire plus.". Et là, ce regard aurait été un feu d'artifice, une réelle déclaration d'amour envers l'artiste qu'il enviait déjà à ce moment là !

L'excitation la prit et elle se mit à parler si fort dans le musée que les gens s'arrêtaient pour se demander s'il s'agissait d'une animation offerte par les employés. Mais l'interprétation était si théâtrale que l'on ne pouvait pas suspecter le contraire. Ses mains venaient toucher son coeur tant elle s'emballait dans ce qu'elle disait et à chaque fois qu'elle pensait à cette romance, c'étaient des palpitations et des rougeurs sur les joues qui la surprenaient. Elle ne les voyait même pas, ces passants, non, ces spectateurs. Elle défilait seulement et changeait d'oeuvre, tomba sous le charme d'une nouvelle scène avant de s'exclamer au scandale.

J'espère que ta mort t'a servi de leçon, vile libertine ! Tu as brisé l'amour le plus improbable qui soit. Tu savais que la fidélité était sa faiblesse et cela t'a réjoui davantage de savoir que cet amour impossible fut détruit de ta main. Ah, quand je vois ce rictus sur ton visage j'ai juste une envie, te l'effacer et te rappeler à quel point tu fus humiliée lorsque le comte de Shirotsume refusa tes avances. Quel échec ! Alors que cet homme était la plus grande traînée qui puisse exister, il refusa même de vous saluer. Tu étais juste jalouse, tu enviais ce couple qui avait mis tant d'années à se former, ce couple entre ce prince et cette paysanne dont les parents faisaient déjà obstacle à leur union.

Énervée, elle ressentait vraiment les sentiments qu'elle présentait et cela plaisait aux gens qui l'écoutaient comme si elle était une guide. Ils avaient le droit à une histoire en plus d'une simple œuvre d'art car oui, les artistes présentent un message qui reste souvent caché si l'on ne connait le contexte et à leurs yeux, avant, il n'y avait que des couleurs et des formes. Désormais ils pouvaient voir la profondeur du cadre, l'envie et le désir même de l'artiste alors qu'il ne se présentait pas devant leurs yeux. Il y avait toujours quelque chose de caché et rares étaient ceux qui arrivaient à voir le tout. Finalement la visite se poursuivit et Leïla était toute seule, mais cela ne changeait rien pour elle puisqu'elle n'accordait pas d'importance à ceux qui la suivaient. Elle interagissait seulement avec eux en les questionnant. "Trouvez-vous ça normal ?", "Et vous, vous auriez réagi comment?" C'étaient des questions sans réponse souvent mais rien qu'en les posant, elle faisait vivre son monologue. Elle s'arrêta alors devant une œuvre qu'elle avait toujours apprécié et un peu plus loin il y avait cette femme qui accompagnait une personne âgée. Elle semblait ne pas s'intéresser à ces œuvres et cela paressait comme un blasphème pour Leïla que de pénétrer dans un tel sanctuaire et d'y réfuter tout intéressement. Elle s'intéressa plus amplement à son coeur et y découvrit le rejet, beaucoup de rejets et c'est alors que la rousse tourna la tête vers son tableau, ses pensées retournant à ces nombreuses histoires contés par les tableaux qu'elle avait déjà vus dans des livres, mais qu'elle s'extasiait de voir en vrai. Il y avait là un tout autre contexte, un bateau, une mer, des larmes, et une silhouette. Du mystère, au final. Qui était cette personne, en est-elle vraiment une ? Un homme, une femme, un animal, un objet. C'était un peu tout, cela dépendait de ce que l'on en donnait comme définition. Pour certains ce n'était qu'une ombre, pour d'autres c'était le mal, mais pour Leïla, c'était l'espoir. Dans toute forme d'art qu'elle apercevait, elle pouvait discerner une forme d'amour. Après tout, tant qu'il résidait un mystère, on pouvait le combler avec ce que l'on pouvait. Elle s'exprimait alors, moins fort que les autres fois puisqu'elle savait qu'elle dérangerait, cette fois.

C'est impressionnant le courage qu'avait cette femme en s'immisçant dans ce bateau, cachée, elle a surmonté l'interdit rien que pour rejoindre son amant. Quitte à maudire tout l'équipage, elle a préféré ne pas avoir à souffrir de l'absence de son âme sœur en le rejoignant au-delà des mers. Une femme sur un bateau, quelle erreur ! Mais quel courage aussi. J'aurais aimé que la scène continue mais le mystère perdure. Peut-être rejoindra-t-elle les eaux avec son amant lorsque l'équipage découvrira leur secret. Elle l'emportera avec elle, dans son malheur alors que l'amour l'aura frappée dans sa démence. Et comme une sirène faisant appel, l'homme sombra dans l'océan tandis que la femme vit encore, miracle de la vie ou châtiment visant à la laisser dans sa solitude, tel fut le destin de cette pêcheuse.

Elle tourna la tête lorsqu'elle fut interrompue dans son monologue par la musique de fermeture du musée, même si elle ressentait qu'elle avait tout dit sur ce tableau, elle était prête à procéder au suivant mais le ton inquiet présent dans la voix de la nouvelle connaissance intrigua la sirène. Ses lèvres carmins formèrent alors un sourire, embêté alors qu'il exprime sa compassion. Elle avait une solution mais se disait que la magie était loin d'être réponse à tout. Elle commença alors à se plaindre que le temps passait trop vite.

C'est déjà la fin... Et je suis en retard dans mon programme, je ne peux pas rester un jour de plus pour découvrir tout ce musée. Il a tant d'histoires à offrir... Je pense que l'on pourrait prendre le risque d'attendre, après tout elle sera peut-être réveillée d'ici la. Et comme ça j'en profiterai pour continuer ma petite visite.

En raison de ses paroles, son sourire se faisait plus joyeux mais elle ne pouvait s'empêcher de penser à ces ressentiments qu'elle sentait chez Pia. Son visage se refléta sur le médaillon que Leïla portait autour du cou et ne manquait pas d'exprimer le même embarras présent chez la jeune femme. Elle chuchota alors pour ne pas réveiller la vieille dame et pour éviter de se faire repérer.

Je m'appelle Leïla. C'est drôle, vous me rappelez une peinture que j'ai vu il y a de ça quelques mois : la Belle des Espérées. Et oui, je suis une grande fan de tout ce qui fait partie de l'univers de l'art. Vous aussi je suppose, sinon je ne vous verrai pas là.

Elle rit légèrement alors qu'elle savait très bien que ce n'était pas le cas. Mais pour s'amuser un peu elle s'était dit qu'elle allait la tester. Et en expliquant ce qu'elle entendait par ce tableau, elle en profita pour lui demander son nom.

Tout le nom est dans le tableau, on hésite entre le sourire et l'embarras. On ne sait vraiment ce que cette femme ressent. Le décor est merveilleux mais le soleil est dans son dos et sur son visage on ne sait vraiment si elle sourit ou non. Vous avez l'air ravissante mais si embêtée, c'est pourquoi vous me faites penser à ce tableau. Mais je peux vous demander votre prénom ? En général je me souviens bien mieux des personnes que j'ai rencontrées quand je connais leur prénom que quand je leur attribue un nom de tableau.

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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Dim 19 Juil - 13:55

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Pia E. Divocci

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Le faciès de Leïla était étincelant. Ses pommettes rebondissaient avec une justesse idéale sous son regard clair, ses sourcils étaient parfaitement dessinés et sa coiffure avait un éclat naturel saisissant. Tu aimais contempler les jolies femmes et leur façon d’accorder leur beauté avec leur environnement. Pour toi, c’était quelque chose de typiquement féminin : aucun homme n’arriverait un jour à avoir un tel sens aigu de l’esthétique humaine. Les femmes, elles, le peuvent facilement. Ce n’est pas pour rien que la plupart des œuvres masculines ici présentes ne se contentent de montrer des paysages tandis que les artistes féminines osent toucher sans pudeur à la chair humaine pour mettre en exergue toute la beauté qu’elle dissimule. Avec un sourire qui paraissait sincère, la rousse répondit à ta remarque, soulignant ce qui paraissait être une véritable passion pour la découverte initiatique que ce lieu lui offrait. Tu lui rendis son sourire, sans pour autant marquer une si grande excitation. Ton visage bien qu’accueillant avait l’habitude de rester calme, et il était difficile pour ceux que tu croisais de savoir si tu étais distante ou non.

L’autre fille chuchota alors et ne se gêna pas pour rire à ses propres paroles. Tu fus véritablement intriguée par la comparaison qu’elle faisait entre un tableau que tu ne connaissais pas et toi-même. Avec des mots habilement choisis, elle posa le doigt sur l’arrogance que tu démontrais dans ta posture.
« C’est Pia. » Ce n’était pas le nom que tu avais donné à la vieille endormie ou à l’administration, mais tu ne t’en souciais pas réellement : la première ne pourrait de toute façon se souvenir d’aucun nom que tu lui offrirais tandis que la seconde n’avait aucune raison de venir enquêter sur toi, qui n’avait jusqu’à présent pas débordé une seule seconde du droit chemin. Tu n’avais pas eu l’idée de mentir à Leïla, à sa spontanéité naturelle, car tu saisissais qu’elle aurait pu le ressentir et tu n’avais pas véritablement envie, bien que tu ne puisses l’expliquer, de la contrarier. A part les vieilles personnes que tu trainais ces derniers jours, tu n’avais pas eu de contact direct avec des personnes lucides, tu n’avais pas échangé la moindre parole avec quelqu’un qui n’attendait qu’à converser. Au fond, c’était peut-être cette solitude qui te forçait à rester plantée là devant elle. Histoire de montrer à la vie que tu n’étais pas encore totalement passive en attendant le retour de ton ami.

« On m’a déjà abordé de plusieurs façons, mais c’est la première fois qu’on me fait le coup du tableau. Je n’en ai jamais entendu parler avant aujourd’hui, et j’aurai presque envie de me rendre devant cette toile pour comprendre la similitude que vous avez soulevé, mais d’un autre côté... » Tu te passas la main dans les cheveux pour les ramener en arrière, le sourire presque crispé et les yeux fuyants, comme si tu cherchais tes mots ou que tu n’osais pas te lancer dans ce que tu voulais dire à tout prix. « ... d’un autre côté j’ai peur d’être déçue car je n’aurai jamais la même perception que vous sur tout ça. Si vous avez pensé à cette toile, c’est en me voyant au loin, sans me connaître. Peut-être que désormais, quelques secondes plus tard, l’impression s’est déjà effacée. » Ton regard la fixa quelques lourdes secondes avec tout le sérieux dont tu étais capable, puis tu ne pus t’empêcher de lâcher un léger rire, sincère. « Gardez votre passion pour l’art intacte, malgré tout ce qui pourra arriver. Au final, c’est tout ce qui reste. » Le conseil semblait venir d’un adulte envers un enfant, d’un professeur à son élève, alors qu’au final, elles avaient presque le même âge. Tu ne voulais pas donner cette impression, alors malgré le sérieux quasiment tragique de ta déclaration, tu te confondis à nouveau dans un léger rire, fuyant même quelques instants le regard de Leïla pour surveiller Mrs. Potter qui n’avait toujours pas bougé.

Soupirant en contemplant la scène de loin, tu continuas à te confier.
« Ce qui m’embête, à vrai dire, c’est de devoir avorter cette visite, encore une fois. Le tableau est parfait à cet instant : la grand-mère qui, pleine d’émerveillement, tombe de sommeil devant la toile après le trop plein d’émotion qu’elle vient de connaître. C’est ce moment qui est beau, pas celui qui le précédait où elle scrutait les coups de pinceau ni celui qui le suivra où elle se réveillera, chassée du musée. Je n’ai pas envie de rompre la beauté de l’instant, tu comprends ? » Tu tiquas sur le coup, te détournant directement vers Leïla, confuse par ce que tu venais de dire. « Cela ne te dérange pas qu’on se tutoie, quand même ? »
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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Sam 15 Aoû - 7:50

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Pia, un nom qui résonna dans l'esprit de la rousse comme le doux piaillement d'une hirondelle au printemps, un nom qui fut extériorisé sans gêne par sa propriétaire et annonçait sa sincérité. Elle s'était ouverte et peu à peu son reflet sur le médaillon qui entourait le cou de Leïla se modifia, ses lèvres se relèvent peu à peu, ses pommettes font de même et dans ce regard il y a bien autre chose que l'impassibilité, une lueur encore inconnue, un éclat digne des personnes qui ont le mérite d'être intéressantes. La voix de la rousse sonna pour présenter ses sentiments avant que Pia lui présente son impression quant au tableau décrit de manière succincte.

Enchantée, Pia.

Sentiments refoulés alors qu'un silence se fit dans sa phrase, et les yeux de Leïla ne démordaient pas de la femme qui tentait de trouver ses mots dans ce sanctuaire de l'imagination. Une peur la contraignait sans doute, celle de ne pas avoir à mentir alors que les mots lui venaient subitement. Le musée était un lieu dans lequel on ne pouvait souffrir d'un manque d'inspiration, on finissait toujours par trouver ce que l'on cherchait lorsque nos désirs se basaient sur quelque chose de spirituel. L'art, la raison, l'émotion, le désir, il existait une hiérarchie dans laquelle on pouvait classer notre requête, mais où qu'elle se trouvait, elle n'était difficile à saisir puisque tous ces tableaux étaient là pour éveiller notre pensée. Et même l'architecture du musée elle-même, elle ne s'arrêtait pas sur des arêtes, des coins aussi sobres et brutaux que dans nos maisons, c'étaient des courbures et des arches qui nous rappelaient que toute réflexion nous menait quelque part et non pas dans un cul-de-sac. Elle trouva alors les mots et transcrit une peur, celle de l'affront entre nos idées sur ce même tableau que la sirène avait décrit. Elle sourit alors et se retint de lui expliquer qu'il n'était guère nécessaire de craindre de modifier l'esprit des gens. Pour elle, obtenir l'avis des autres était une forme de richesse. Elle n'était pas obstinée à un tel point qu'elle n'écoutait que ses propres dires, elle adorait toute discussion portant sur un tel sujet, qu'elle soit critique ou non elle s'estimait assez forte mentalement pour garder ses préceptes tout en ajoutant quelques ajustements suite à ces mêmes discussions.

Alors elle fuit ce regard tandis que Leïla tentait de la comprendre, souhaitait engager ce dialogue pour estimer l'impression qu'elle avait reçue d'elle et au final, identifier ce qui est à la racine de ce ressenti. Etait-elle désespérée et descendait-elle vraiment de ce tableau ou était-ce simplement un détail qui a déclenché le souvenir ? Leïla voulait absolument savoir, avoir les deux sous les yeux pour comparer, ressentir à nouveau ce sentiment pour clarifier cela. Mais Pia semblait troublée par une toute autre chose. Elle l'écouta alors que la jeune auxiliaire de vie s'expliquait, et à ce sentiment d'embarras elle pensait avoir trouvé la solution.

Non, il n'y a pas de soucis. Tu peux me tutoyer.

Un sourire se dessina sur ses lèvres puisqu'elle profita tout de suite de cette liberté qu'elles s'étaient accordée en utilisant le "tu".

Mais ne t'angoisse pas. Tous les plaisirs et malheurs sont éphémères, et encore heureuse de le savoir. Sinon je me verrais mal ressasser mon passé à longueur de journée. Cela m'attristerait bien trop. Mais tu peux conserver cette beauté en l'inscrivant dans ta mémoire. Les artisans n'ont fait leur travail qu'essentiellement par peur de l'oubli, tout comme toi.

Elle effaça le sourire qui décorait son visage et sa voix reprit un ton de pédagogue.

Il y avait certes une motivation suite à l'argent et à leur expression personnelle mais les peintres et sculpteurs se sont battus pour trouver les matériaux les moins éphémères avec l'espoir que leurs oeuvres perdurent pendant plusieurs générations. Si ce n'était que pour l'argent, ils les auraient faites sur de la peau de chamois ou dans du calcaire.

Elle se tourna, chercha du regard quelque chose qu'elle ne trouva pas avant de s'adresser de nouveau à Pia.

Je reviens, je vais chercher quelque chose.

Elle disparut sur le coup et laissa tomber au sol une boucle d'oreille ronde et plate. Plus loin dans le musée, elle ressortit d'un miroir, tourna la tête mais ne trouva pas non plus ce qu'elle recherchait. Elle retourna alors d'où elle venait pour atterrir dans les toilettes des hommes. Là, il y avait le garde de nuit qui se soulageait dans un urinoir et elle n'osa pas bouger du miroir dans lequel elle demeurait. Il se tourna en referment sa braguette, elle était choquée. Elle disparut avant de chercher son point de départ, son but n'étant plus de trouver de quoi satisfaire Pia mais de l'avertir que le garde partirait sûrement à leur recherche. Elle réfléchit alors et se demanda si elle pouvait le retenir pour qu'il ne les dérange pas mais c'était trop risqué pour la réputation de Mermaid Heel. Elle se contenta de retrouver les deux femmes car après tout, la guilde était bien plus importante que la quiétude d'une seule personne.

Moins de cinq minutes s'étaient écoulées depuis l'absence de Leïla et déjà elle retrouvait Pia et la vieille dame encore somnolente. Elle ramassa le bijou jonchant le sol et s'exprima en le raccrochant à son oreille en vitesse.

On a plus beaucoup de temps. Le vigile ne va pas tarder à nous chercher. Je suis tombée par erreur sur lui. Je suis désolée mais on a pas toujours ce qu'on veut dans la vie alors... Il va falloir la réveiller.

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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Mar 1 Sep - 17:06

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Pia E. Divocci

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Ta confusion fut balayée par le naturel resplendissant de Leïla, qui calma tes ardeurs en un sourire compatissant. Sa voix te berçait toujours autant alors que déjà la surprise de la nouveauté, l’éclat de la rencontre s’amenuisait, et l’attention que tu lui portais restait fidèle à celle des premiers instants, toi qui avait l’habitude de te lasser facilement de tout ce qui croisait ton chemin. Tu t’en voulais presque, d’être d’un naturel si pessimiste face à la vivacité d’esprit de l’autre femme, tu craignais qu’elle ne finisse par le ressentir, si ce n’était déjà fait, et qu’elle s’éloigne de toi. Tu étais prête à faire tous les efforts nécessaires pour ne pas laisser transparaitre cette partie de toi – mais bien naturellement tu n’en avais pas besoin car l’entrain qu’elle mettait dans ses paroles t’émerveillait toujours et ne te permettait pas de relâcher cet état quasi-euphorique qui te traversait. Mais, alors que son discours était bien lancé, ses cheveux balayèrent l’air pour accompagner son regard cherchant quelque chose, et aussitôt annoncé, elle disparut subitement, ce qui ne manqua pas de te faire sursauter. Tu remarquas le tintement d’une boucle d’oreille tombée à terre, et machinalement ta tête se dressa vers le haut plafond, cherchant bien d’où elle pouvait venir, mais la raison te rattrapa quand tu réalisas qu’elle venait de Leïla, et qu’il s’agissait de la dernière trace d’elle à présent. Avec un certain réconfort mélancolique, tu te penchas sur le bijou sans pour autant le toucher, curieuse mais avec une retenue humble, et tu réalisas que c’était une preuve suffisante que tu n’avais pas rêvé, idéalisé cette rencontre fortuite, pour combler ta solitude passagère.

Leïla réapparut au bout de quelques instants, te provoquant toujours ce sursaut de stupeur, mais son visage était cette fois alarmé par la venue imminente du vigile. Catégorique, elle proposa de réveiller Mrs. Potter, éternelle endormie, mais tu n’aimais pas cette résignation passive qui ornait le visage de ton interlocutrice. Ton visage lui-même soucieux, tu te mis à réfléchir quelques secondes avant d’afficher un nouvel air déterminé.
« Je vais te montrer comment on arrive à obtenir ce qu’on veut, avec un peu d’astuce. » Sous tes yeux seuls se matérialisèrent les deux félins, émissaires de tes pouvoirs, qui n’attendaient que tes ordres. Tu savais que Leïla ne pouvait ni les voir ni les ressentir et ne souhaitais pas l’effrayer à parler dans le vide, alors tes directives ne furent transmises que par pensée. « Tu peux refaire ton tour de passe-passe où tu disparais ? Rien que quelques secondes suffiront, s’il te plait. » Les pas du vigile pouvaient désormais se faire entendre et se rapprochaient – sans perdre une seconde, tu te dirigeas vers la pièce précédente comme si tu allais à la rencontre de celui que tu craignais à présent, et t’assura qu’une chaise confortable était bien installée dans un recoin. Le premier félin se posa dessus avec une grâce presque exagérée tandis que le second s’allongea au niveau des pieds du meuble. Revenant sur tes pas, tu attrapas le bras de l’autre femme pour la guider cette fois dans la pièce suivante, laissant la grand-mère seule. Le vigile, lui, se rapprochait toujours.

« A mon signal, tu disparais comme tu l’as fait, d’accord ? Si tu ne veux pas me suivre dans cette affaire, tu peux toujours partir maintenant. Sinon, rejoins-moi dans trente secondes dans la deuxième pièce en arrière ! » Tu n’eues pas le temps d’attendre la moindre de ses réactions car déjà le garde traversait la pièce mentionnée – celle où les chats attendaient sagement sans être visibles par qui que ce soit. Et tandis que le garde franchissait le seuil et s’apprêtait à tomber cette fois sur la grand-mère endormie, ton sort se déclencha et elle comme toi prirent la place des félins. Toujours assise, Mrs. Potter ne fut pas réveillée par le changement de chaise. Avec discrétion, tu t’approchas du passage entre les deux pièces pour contempler le garde, perplexe, faire face au fauteuil roulant vide. Par chance, il se contenta de le garer dans un angle de la pièce puis continua sa ronde, s’éloignant de vous.


Les minutes étaient passées depuis que le vigile avait fait sa ronde et avait refermé le musée derrière vous pour l’heure du midi. Tu avais réutilisé ton sort pour transporter à nouveau la grand-mère dans son fauteuil, plus confortable, et tu avais retrouvé avec joie Leïla qui avait elle aussi échappé aux yeux enquêteurs du garde. Tu lui désignas un banc au milieu de la pièce tandis que tu cherchais tranquillement au fond d’un sac accroché au fauteuil de quoi grignoter – plongée dans son sommeil, la vieille dame n’était pas en état de réclamer son casse-croute et tu n’avais pas de scrupules à le proposer à Leïla. Enfin face à cette dernière, et cette fois sans élément perturbateur, tu pus enfin réagir à tout ce qu’elle avait avancé jusqu’alors.
« Tu as parlé de peur de l’oubli, tout à l’heure. Je dois t’avouer que je n’ai aucune idée de ce que c’est, d’oublier quelque chose. Je me suis rendu compte pendant ma jeune enfance que je n’oubliais rien. C’est une forme d’hypermnésie. Je pourrais te réciter sans hésiter le nom des œuvres, leur date et le nom de leur auteur de tout ce qu’on ne trouve rien que dans ce bâtiment, si tu le désirais. Ca m’aide dans beaucoup de situation, et énormément de personnes m’envient sur ce point mais... »

Tu trouvais la scène incongrue – assises sur un banc, l’une face à l’autre, en train de manger tranquillement dans la pénombre d’un musée fermé, avec pour seul bruit extérieur la respiration soutenue de la vieillarde – et tu te demandais bien ce qui allait suivre, une fois que le bâtiment aura rouvert et qu’il faudra songer à partir. Pour le moment, tu essayais de ne pas songer à ça.
« ...mais la plupart du temps, c’est plus un calvaire qu’autre chose. A tout connaître par cœur, je n’ai plus l’impression de découvrir ou redécouvrir les choses. En voyant une fleur au loin je me remémore déjà à la perfection son parfum avant même d’avoir humé au-dessus d’elle. » Tu ne savais pas si tu l’ennuyais ou pas, alors tu te stoppas subitement. « Magicienne, aussi ? »
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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Jeu 15 Oct - 8:59

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Leïla Echovald

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L'embarras fut rude lorsqu'elle savait qu'elle demandait presque l'impossible. L'humain a toujours été attaché à ses désirs et l'en éloigner relève de l'inhumain. C'est pourquoi Leïla s'attendait à ce qu'elle n'accepta pas sans compromis de réveiller la dame âgée. Mais elle considérait plutôt sa demande comme un avertissement pour qu'elle n'en finisse pas brusquée par une intervention du garde. Ne pouvant estimer les capacités de Pia, elle préféra la considérer comme un civil quelconque qu'elle aurait aidé. Seulement elle sembla être bien plus que ça puisqu'elle lui demanda de re-disparaître. Surprise par cette même réaction, Leïla en conclut qu'elle arriverait donc à se débrouiller seule, cependant elle voulait voir la scène de ses yeux. Elle sourit alors pour exprimer son accord tout en suivant Pia, puis elle se retourna vers un des tableaux pour déposer sur son cartouche la même boucle d'oreille qui était tombée au sol plus tôt.

Impressionne-moi, Pia.

Elle comptait lui faire confiance mais ne pouvait assurer sa protection. En effet, si elle échouait, Leïla ne pourrait en aucun cas la sortir du pétrin et c'est ce qu'elle avait sous-entendu dans ses dernières paroles envers la jeune femme. Et c'est pourquoi, lorsqu'elle lui demanda de partir plus tôt si elle le souhaitait, elle chuchota de manière à ne pas se faire entendre par le vigile.

Très bien, je vais me dissimuler aussitôt, qui sait ce que tu vas faire va peut-être chambouler mon équilibre magique.


Pia ne comprendrait peut-être pas puisqu'elle ne connaissait pas la magie des miroirs, mais il s'avère qu'il existe des règles pour cette dernière magie. C'est pourquoi Leïla préféra agir au plus tôt, s'assurer du meilleur plan pour ne pas être surprise au dernier moment. Elle connaissait deux portes de sortie magiques dans le musée mais ne savait pas où elles se situaient puisqu'elle ne connaissait encore que trop peu le lieu. Elle se recula pour retrouver le dernier tableau convoité, son doigt venant toucher la paroi lisse et miroitante de l'artefact féminin, et elle pénétra progressivement de l'autre côté du miroir, ne restant que son visage au travers du bijou pour voir le spectacle qui s'apprêta à commencer. Seulement son reflet fut aussitôt éjecté du miroir et resta inerte au milieu du chemin. Elle voulait voir, et cela au prix de laisser au milieu de la pièce une image d'elle. Elle ne pouvait voir sans être vue. Et d'un coup, alors que la porte s'ouvra, Pia disparut. Au même moment, jugeant bon de ne retomber nez à nez avec le garde, Leïla plongea depuis son miroir vers un autre pour en sortir aussitôt, son reflet se dissipant aussitôt du milieu de la pièce, ne restant plus que le fauteuil.

Une odeur nauséabonde s'empara des narines de la jeune femme, elle avait atterri vers le dernier endroit qu'elle avait visité : les toilettes des hommes. Dégoûtée et surprise à quel point l'endroit était sale, elle s'avança sur la pointe des pieds en s'appliquant pour ne pas glisser sur un des carreaux humides. Arrivée à la porte, elle sortit de la pièce en prenant une profonde inspiration qui purifia ses poumons, une grimace de dégoût gravée sur le visage comme une cicatrice de sa dernière visite. Elle murmura pour se plaindre.

Je pense que je ne devrai pas me fixer comme objectif de visiter tout le musée la prochaine fois.

Elle regarda à gauche puis à droite pour se repérer mais ne reconnut absolument pas le lieu, des guichets vides étaient ça et là et annonçaient à la mage qu'elle se situait à une des entrées du musée.

Pia est à moins de vingt mètres, elle m'a donné rendez-vous alors je dois la rejoindre. Mais à pied cette fois, ca va être dur de revenir sur mes pas...

Elle se souvint alors de la carte du musée et pouvait à peu près se situer grâce aux panneaux. Elle prit un des escaliers menant aux étages supérieurs et retrouva la section dans laquelle elle se trouvait. Plutôt contente et rassurée, elle s'avança plus rapidement pour retrouver Pia ainsi que la vieille dame. Une question lui passant par la tête elle ne pouvait s'empêcher de la poser au plus vite. Seulement Pia commença le dialogue et lui proposa de s'asseoir sur un banc pour manger un peu. La jeune sirène s'installa à ses côtés et refusa poliment la bouchée. Elle inspira légèrement avant de pouvoir interroger Pia mais elle eut l'initiative d'engager la discussion en reprenant leur sujet précédent, en se présentant davantage et cela étonnait la mage d'entendre parler d'hypermnésie, cela avait l'air très pratique dans le concept mais il y avait un "mais". Captivée, elle acquiesça et pinça ses lèvres lorsqu'elle comprit les inconvénients de cette faculté. C'est alors une autre question qui surgit. Leïla ne pouvait mentir en répondant puisqu'elle l'avait vu à l'oeuvre deux fois et il n'y avait pas d'intérêt à le faire. Elle répondit sincèrement.

Depuis longtemps, depuis que j'ai quitté le foyer...

Une amertume se faisait sentir dans sa voix, la mémoire d'un passé douloureux parfumait le récit alors que la tête s'inclinait légèrement pour regarder ses pieds et replonger dans la tristesse de ses souvenirs.

Une enfance difficile à vrai dire et je ressentais le besoin de fuir, et d'un coup, me voilà capable de m'évader à travers des miroirs. C'était un peu dur au début de vivre seule mais je n'avais de meilleur choix et je n'ai pas à me plaindre, c'était mon choix. J'ai fait des choses que j'aurai pu regretter, surtout en tant que mage de Mermaid Heel mais je considère cela comme le passé. Et bizarrement je ressens l'embarras de ton... hypermnésie. C'est comme si les mauvais souvenirs ne me quittaient pas, mon père, le bordel,... Et pourtant quand je suis avec mes copines je n'y pense pas. C'est comme si j'oubliais. Et même si cela me paraissait étrange que tu voies cela comme un fardeau, je comprends maintenant que cela doit être horrible pour toi de tout retenir.


Elle inspira et repensa à cette même question qu'elle voulait poser plus tôt, mais elle n'en valait pas la peine. Elle préféra rester sur ce sujet qui était bien plus important, même si elle risquait d'oublier cette même question plus tard.

Même si je me doute que tu n'as pas vécu ma vie, j'imagine que tu as eu toi aussi tes mauvais moments et que ça soit dur de ne pas les oublier, mais si ce qui marche pour moi marche pour toi, tu devrais essayer de ne plus y penser. J'ai une idée, faisons un jeu !

Son visage se releva et ses yeux pétillants n'attendaient qu'un seul mot de la part de Pia. Elle se redressa pour énoncer les règles avant même de recevoir l'avis de son interlocutrice.

Alors, je pense à un mot et tu dois me décrire avec le plus de détails ce à quoi il ressemble pour toi, puis je te dis à quoi il ressemble pour moi. Par exemple : un chat ! Décris-moi un chat !

Leïla voulait s'amuser avec sa nouvelle amie pour oublier les mauvaises choses, tout comme les bonnes choses. Ce n'était pas une excursion nocturne qu'elle devrait faire au musée pour rattraper son retard dans son planning mais au moins deux ou trois si elle souhaitait tout voir à la fin de la semaine. Mais ce n'était grave pour elle, l'essentiel était de s'amuser. © Halloween





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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Sam 24 Oct - 18:08

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Pia E. Divocci

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Leïla et Pia

Ta question, pourtant simple, portait en elle un poids empli d’âcreté. Sans réellement attendre, lancée par une spontanéité naturelle, l’autre femme te conta sa lourde histoire, un passé violent aux cicatrices encore vives, un discours plein de sens et de réponses. Elle s’enfonçait toujours plus dans ses explications qui te serraient littéralement le cœur, à la voir se dévoiler avec une pudeur incertaine, son regard posé sur ses pieds, quand elle changea brusquement de ton pour te proposer un jeu. Un premier temps surpris, ton visage repris un air amical après quelques secondes, comprenant que la séquence de révélations entre vous était désormais fermée, peut-être pour toujours et à jamais. Le visage de Leïla avait une toute nouvelle expression, lui aussi, en affichant désormais une étincelle de gaieté dans son regard. Tu trouvais cela étrangement mélancolique, qu’elle puisse faire comme si de rien était alors qu’au fond, ses psychoses étaient toujours présentes. Mais après tout, tu devais concéder que vous agissiez tous de la sorte – qui aurait cru que derrière ton sourire se cachait également des démons ?

Te prenant au jeu, tu te détournas pour faire pleinement face à Leïla, mais tes paupières se fermèrent volontairement pour te concentrer sur tes propres pensées.
« Très bien, je vais te dire tout ce qui me vient à l’esprit, mais je ne te regarde plus pour ne pas que tes expressions m’influencent. Un chat, tu disais ? » La simple évocation du nom réveillait en toi une flopée de souvenirs aux senteurs différentes. Ne voulant pas réellement réfléchir à ce que tu allais dire, tu te laissas alors divaguer. « Pour moi, un chat, c’est tout d’abord Lulu, mon premier animal de compagnie quand j’avais six ans. C’est grâce à elle que je pouvais m’amuser durant cette période, alternant entre les enseignements et les activités que mes parents m’imposaient. C’était le seul être qui partageait un peu de sa chaleur avec moi, en dormant toute la nuit à mes côtés et en me suivant partout où j’allais. Elle a disparu subitement du jour au lendemain, et mes parents m’ont avoué quelques années après qu’elle était tout simplement morte. Ils me l’avaient caché pour ne pas me faire de peine, mais je crois que le pincement au cœur que j’ai ressenti en apprenant la vérité, des années plus tard, était plus fort et plus tragique que toute la tristesse que j’aurai pu ressentir sur le coup de mes six ans. Pendant des années je me suis mis en quête de retrouver l’animal que je croyais perdue, bloquée quelque part, attendant mon aide. Je m’éloignais toujours un petit peu plus du manoir, découvrant toutes les cachettes improbables, chaque fois sûre de toucher le but, mais rentrant pourtant à chaque fois bredouille. Ils m’ont donné le faux espoir que j’arriverais à la retrouver alors que ces espérances étaient vaines dès le départ. Cet échec a chamboulé ma vie. » Tu ne pus t’empêcher de pouffer, mais tu repris rapidement ton sérieux, les yeux toujours clos. Ce que tu racontais était vrai, même si tu donnais une fausse teinte dramatique à l’histoire. «Aujourd’hui, les chats que je croise sont mes compagnons nocturnes, ceux qui croisent mon chemin quand je rentre des bars de nuits, ils sont là et s’enroulent autour de mes jambes, accompagnent le claquement de mes talons sur les pavés sans fuir comme ils le feraient avec les autres. Pour moi, le chat symbolise ainsi avant tout la solitude, mais une solitude douce, paisible, pleine de quiétude ; il est ce qui rend les choses supportables quand, en temps normal, elles ne le sont pas. » Tu terminas sur ces mots, patienta quelques secondes pour finalement rouvrir tes yeux espiègles.

« J’ai réussi ? » Peut-être que Leïla n’attendait pas du tout ce genre de description, mais tu espérais qu’au moins elle continuerait d’afficher ce même regard plein de gaieté. Les quelques mots échangés avec elle ces dernières minutes créaient déjà en toi un sens de la responsabilité accru à son égard – elle qui n’était encore qu’une connaissance – et tu désirais être la garante de son sourire. Ses révélations se maintenaient toujours secrètement dans tes pensées, tu n’avais pas l’habitude de prendre en compassion les mages de guilde mais celle qu’elle avait évoqué, Mermaid Heel, gagnait subitement un capital de sympathie. « A toi, du coup ? » Tu avalas la dernière bouchée de ton repas et, claquant tes mains pour faire s’envoler les dernières miettes, tu plongeas ton regard dans celui de Leïla.
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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Jeu 28 Jan - 13:06

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Leïla Echovald

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Les yeux se fermaient lentement telles deux portes gardant le monde de la réalité, tandis que de l'autre côté on pouvait y voir une plaine fleurie où l'horizon s'était perdu dans cet univers champêtre. Une verdure rougeâtre restait figée tandis que le vent soufflait à son plein, et au milieu de tout cela une boîte noire était installée et sur celle-ci on pouvait lire le mot suivant : "CHAT". Des graffitis, des coeurs et des griffures parsemaient chacun des côtés de cette boîte et soudain, une voix résonnait, soufflée par les vents. C'était la voix de Pia. Et la douceur de la femme semblait atteindre la boîte qui s'ouvrait lentement. Le bois chantait selon un léger grincement et de la boîte sortit une jeune fille, ressemblant à Pia, mais avec un détail en plus. Un chapeau couvrait sa tête, non, le chapeau bougea un instant et deux yeux félins d'un vert éclatant apparurent sur le chapeau qui s'avérait être un chat. Le couvre-chef de la jeune femme s'étira, sauta au sol et avec agilité, se frotta les quenottes contre un brin d'herbe. Un sourire occupait le visage de la jeune Pia, un sourire sincère et digne de l'innocence d'un enfant. Elle riait en voyant son compagnon se frotter à l'herbe. Soudain la boîte se replia sur elle-même et se déplia en un bureau sur lequel figurait une feuille de papier et un crayon. L'animal s'installa confortablement dessus et empêcha Pia de lire le contenu de la feuille.

"Lulu, je dois apprendre mes leçons. "dit-elle en riant légèrement.

Lulu, le chapeau vivant de la jeune fille ne bougea pas et plongea son regard dans celui de la jeune fille. Rien ne le ferait bouger car il voulait continuer de jouer avec la jeune fille. D'un coup, alors que le duel de regard s'intensifiait, le chat leva et une patte et se lècha la cuisse sans gêne. La jeune fille riait et pendant que le chat se léchait, une ombre surplombait la plaine. Les nuages se déplaçaient avec une vitesse anormale, et alors la pluie s'installa. Le papier prit l'eau, le chat se réfugia sous le bureau mais le meuble fondit sous le poids de l'eau et ne forma qu'une masse diforme noire, un trou laissé dans le sol. La jeune fille se pencha pour voir si son chat était tombé dedans, et avant même qu'elle puisse voir ce qu'il y avait dans ce trou, tout disparut. Le trou, les nuages, Lulu. Elle se tourna et il y avait alors un nouveau bureau avec la même feuille de papier posée dessus. Le sourire de la jeune fille s'effaça alors, et elle saisit la feuille en main pour la lire et ne plus jamais jouer le sourire aux lèvres comme auparavant. De temps en temps, elle regardait sous son bureau si quelque chose n'était pas caché, en vain. L'herbe se mit à fléchir sous la force du vent, le ciel quant à lui perdit la fougue de son bleu vif lorsque la pluie cessa et rien n'était jamais plus comme avant. On ne trouvait plus de petite boîte mystérieuse au milieu de cette plaine, il y avait seulement un bureau, une feuille, une fille.

Les nuages défilaient comme une pelotte de laine que l'on déroulait, des arbres grandissaient, des habitations connurent le jour et l'on voyait Pia au milieu de tout cela, un coup de crayon grossier pour décrivant ses cheveux au milieu de ce tableau aux couleurs beaucoup moins enfantines. Un tableau, c'est comme cela que Leïla s'imaginait la description de Pia et cette fois-ci les couleurs froides régnaient et instauraient une ambiance plus paisible, calme comme elle aurait pu le décrire. Tout était endormi, les bâtiments ronflaient calmement malgré une petite partie de la ville qui crachait encore de la lumière. Claquaient alors les talons de la rousse sur les rues pavées d'une cité inconnue. Un chat dansait entre les gambettes de la mage, sa queue ondulant dans l'air pour que son pas calque celui de Pia, et cela ne la dérangeait. Agile, les pattes se plaçaient de manière à ne pas déranger et de temps en temps sa fourrure frôlait à peine la douce peau laissée nue de la femme.

Les yeux de Leïla s'ouvrirent, le tableau disparut et elle replongeait dans la pénombre du musée, assise sur ce banc aux côtés de Pia, qui ne savait pas si elle avait "réussi" le jeu. Mais elle ne connaissat pas les règles du "jeu", toute tentative était pourtant un succès, il suffisait simplement d'accepter pour gagner. Un sourire se dessina sur le doux visage de Leïla et traduisait son sentiment. Elle était comme rassasiée par un délice de l'esprit transmis par la simple narration donnée par la compagne.

Succulent. Bien sûr que tu as réussi !


Elle lui tapa le bras légèrement pour la faire atterrir, c'était sa manière d'exprimer l'évidence même de ses propos car pour elle, la question semblait idiote. Un peu directe en soit, la frappe ne laissait derrière elle aucune douleur mais Pia avalait sa dernière bouchée en même temps alors Leïla se mit à rire en s'excusant.

Excuse-moi ! Mais oui c'est bien à mon tour. Alors, alors, Concentration...


Elle essayait de ne plus rire mais cela prit une bonne dizaine de secondes avant que les premiers mots parviennent à sortir de sa bouche. Elle s'exclama sans faire trop de bruit pour ne pas réveiller la vieille dame.

C'est bon !


Elle prit une inspiration profonde pour se concentrer et sa voix prit un air presque grave, les mots se poursuivant comme dans une psaume.

Le chat, c'est moi, c'est toi, c'est tout le monde. Je vois tout le monde comme des chats, une population qui ne vit que par égoïsme. Il n'y a pas de créature plus égoïste que le chat, il attire l'attention lorsqu'il a besoin de quelque chose, miaule, se frotte, vend son corps pour être servi, joue la comédie, simule une empathie pour se retrancher plus tard, chasseur d'un soir de ces viles rats et souris, se nourrit, attaque et rejoint sa fratrie, celle des chats de rue. Une vile population ambiguë où misère et pauvreté règnent, bagarres débutent pour une simple femelle, délaissée au lendemain par chacun de ses amants. Elle galère, elle souffre de sa nuit douloureuse et s'endort avec cette torpeur au ventre, celle de devenir mère de bâtards, fils de monnaie de change. Elle se réveille au matin la faim au ventre, laissée pour seule et doit mendier à son tour auprès des humains pour de simples restes. Un repas divin pour ceux qui ont trempé leur pain.


Elle expira un bon coup avant de continuer, en accélérant le flux de ses paroles.

Il y en a toujours un plus fort, un plus gros, un plus méchant. Un plus avide, un plus terrible, un plus sanglant. Et souvent c'est le même, celui qui les fait tous trembler, celui qui vole la gloire et la fortune des autres et abat n'importe lequel oserait l'affronter. Et pourtant une chatte un soir n'en peut plus, elle est à deux doigts de mourir et réclame son gagne-pain, à lui qui a prit son plaisir en ne lui laissant rien. Du suicide pour tous, un élan de bravoure pour moi, elle pourrait mourir mais pour une raison inconnue il ne la touche pas. Terrifié, pétrifié, tétanisé, il lit en la chatte un désir bien plus fort que la peur : le désir de vivre.


Elle s'arrêta net, effaça de son visage la triste mine qu'elle avait en se frottant légèrement les yeux puis ajouta presque en plaisantant.

Oui, j'aime bien les histoires un peu tristes.


Elle bailla légèrement et se demandait quand la grand-mère allait se réveiller car elle sentait qu'elle n'allait pas tarder non plus à s'endormir.

Pardon.




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 MessageSujet: Re: The Persistence of Memory ∆ Leïla et Pia   Mer 9 Mar - 9:33

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Pia E. Divocci

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Leïla et Pia

Sa voix changea quand elle t’expliqua son point de vue sur la question que vous abordiez. Totalement absorbée par ses paroles toujours plus rapides et vindicatives, tu oublias tout autour de vous : Mrs. Potter, le musée, le sandwich, l’ambiance tamisée ; le visage et les paroles de Leïla prirent toute la place possible dans ton esprit, s’emparèrent de ta raison et te hissèrent dans l’imaginaire qu’elle décriait. Quand elle termina sur sa confession, il long silence s’installa entre vous : que dire après ces paroles pleines de sens ? Tu terminas ton sandwich en restant muette quelques instants. Au loin, on entendit du bruit – le musée rouvrait ses portes après la pause. Tu te détournas finalement vers ton amie. « Tu es très belle, tu le sais ? » Au même moment, la vieille femme se mit à gigoter dans son fauteuil, ce qui t’arracha à ta contemplation pour aller voir ce qui la tracassait.

« Elle se réveille. Je ne suis pas censée être encore là avec elle, ses infirmiers vont finir par nous rechercher. Leïla, j’ai été ravie de te rencontrer, même si nous ne sommes restées qu’à peine une heure ensemble. Pour moi, ça a sonné comme une douce éternité. » Ta main réajusta tendrement la couverture qui gardait la vieille femme au chaud. Son visage était toujours aussi paisible. Ce geste récapitulait toute l’essence de ton existence : tu étais celle qui s’assurait du bien-être des autres quand ils étaient assoupis. Celle dont on ne se souvenait ni du nom, ni du visage. Celle qui agissait dans l’ombre. Tu te demandas s’il était possible, un jour, que tout le monde se rende compte des petites attentions que chacun leur prêtait, si invisibles et pourtant, si importantes. Ton regard chercha à nouveau les yeux profonds de l’autre femme. « Oui, j’aurai vraiment aimé passer plus de temps avec toi. Mais... Mermaid Hell, tu dis ? » Tu lui lanças un dernier sourire, et calmement, tu te positionnas derrière le fauteuil de la vieille femme que tu commenças à pousser machinalement vers la sortie.


Les citadins se bousculaient tous sans s’excuser, se ruant vers leur destination sans oser ouvrir les yeux à l’environnement autour d’eux, aux chemins qu’ils empruntaient, gardant uniquement leur but, leur objectif en tête ; la finalité plutôt que la progression. La vieille dame était toujours calme dans son fauteuil, sa tête remuait légèrement lorsque son fauteuil avançait sur les rues pavées de Crocus en direction de son hospice. Tu repensais à toute cette scène au musée, à la rencontre étrange et inattendue avec la magicienne sirène, à l’empathie que tu avais éprouvé. Tu avais avorté la rencontre délibérément, inventant un prétexte fallacieux pour te dégager de votre entrevue. Pourtant, sincèrement, tu avais apprécié sa présence, tu aurais voulu prolonger cette découverte sensuelle de l’autre. Mais à nouveau, les affres de la mémoire s’étaient moquées de toi : tu avais trouvé cette Leïla parfaite, et tu savais que tu aurais toujours cette image de perfection en toi. Tu ne voulais pas continuer à creuser en elle pour discerner un léger défaut qui viendrait ternir le tableau étincelant que tu avais dressé d’elle dans ton esprit. Alors tu étais partie, laissant Leïla au stade de la perfection. Comme pour te convaincre que c’était possible.

Quand tu arrivas à l’hospice, tu patientas quelques instants dans une salle d’attente où des infirmiers viendraient prendre le relai pour s’occuper de Mrs. Potter. La femme ne s’était toujours pas réveillée. A nouveau, le doute te prit –
et si.. ? Soucieuse, tu posas ta main sur sa peau pour détecter son pouls. Rien ne vint. Tu n’aurais même pas pu dire à quel moment elle s’était éteinte – pendant ta discussion avec Leïla ? pendant ta traversée de la ville ? seulement à l’instant ? Malgré sa mort, son visage assoupi restait humble et digne à la fois. Là encore, tu mémorisas cette expression au fond de toi, touchée par la beauté tragique de l’instant. Tu ne prévins personne, laissant la vieille femme dans son fauteuil au milieu de la pièce, et tu disparus sans même réclamer ton salaire – cela ne te vint même pas à l’esprit, après la journée que tu venais de vivre.
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