Partagez | .
Réunion de famille [Zadig & Guests]
 MessageSujet: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Ven 24 Avr - 0:46

avatar
Uriel Rudraksha

[C] Var Ulfur

Click


RÉUNION DE FAMILLE

« CH JH,
PROPRE SUR LUI,
20a - 30a
BLOND
POUR SACRIFICE »



« Monsieur,

J'irai en toute franchise : voilà maintenant plusieurs jours que je vous observe et que vous entretenez chez moi un intérêt de plus en plus grandissant pour votre personne. Soit, si j'ai eu du mal à le croire de prime abord, il me faut bien l'avouer, vous semblez être exactement l'homme que je recherche depuis tant d'années. Et les dieux savent combien j'ai attendu. J'espère que vous ne verrez pas là de fallacieuses fantaisies, mais l'on vous prête une réputation, si je puis me permettre, pour le moins explosive et, à l’œil avisé, il me semble avec de plus en plus de certitude que vous possédez bien là l'art et la manière nécessaires pour briser la solitude tragique d'une jeune demoiselle transie de solitude.

Ce serait un plaisir immense que de vous rencontrer. Je vous en prie, acceptez l'invitation jointe à cette lettre. Nous pourrons ainsi faire plus ample connaissance autour d'une tasse de thé et je pourrais porter à votre regard tout l'intérêt commun qui peut nous unir.

En espérant avoir le plaisir de votre conversation,

Camille S. de Nir »


La lettre, portée par un enfant jusqu'entre les mains du blond aux allures d'enfant perdu, est jointe d'un petit carton aux couleurs d'un salon de thé local, qui, par chance, se situe juste à deux rues d'ici. Coïncidence ? Peut-être pas, alors que l'horloge massive sur la tour du clocher annonce bientôt l'heure fatidique. C'est le genre de rendez-vous fugace, dont il faut savoir saisir l'éphémère avant qu'il ne s'évapore. Car sitôt ratée l'opportunité disparaît. C'en est presque trop beau pour être vrai, et la suspicion plane, ici et là, car ne dit on pas, après tout, que tu es recherché, Zadig Cavalli, ici et là dans tout le royaume d'à côté ?

Mais que ne ferait-on pas pour les beaux yeux d'une dame.

A l'heure du rendez-vous, au
Thé de Jade, petit salon coquet et feutré à l'ambiance parfumée d'effluves enivrantes qui s'élèvent ici et là des alcôves privées, attend patiemment, derrière les paravents de toile, Camille S. de Nir. D'un port altier, d'une stature haute, une certaine noblesse du trait se dégage de lui, paré d'habits qui dénotent une aisance financière et un rang social trop élevé pour le peu d'habitants qui vivent dans cette petite ville. Néanmoins, rien de trop ostentatoire, tout dans la finesse et la subtilité, une forme d'humilité par la sobriété mais non dénuée de l'autorité naturelle que confère la cinquantaine et un visage sévère. Devant lui sur la table, un service à thé et deux tasses, ainsi qu'un petit plateau d'échec en argent, où la partie semble déjà bien avancée. Pourtant, nul adversaire à l'horizon, juste une simple occupation pour tuer le temps.

L'horloge sonne. Sera-t-il à l'heure ?

Sera-t-il seulement là ?

-----------


Voilà un moment maintenant que j'ai quitté les sentiers de chèvres qui mènent, ici et là, dans les pâturages de la vallée des larmes, pour m'aventurer sur les chemins secrets d'un âge oublié. Autrefois, il y a plusieurs siècles, des gens vivaient encore ici, reclus, à l'âge des dragons. Autrefois, cette vallée ne portait pas la désignation funeste qu'on lui attribut désormais. Autrefois, le ruisseau qui coule non loin ne portait le nom d'une sacrifiée.

Dans le ciel, le soleil brille avec l'insolence d'une ardeur éternelle, se reflète ici et là en une mosaïque de feuilles d'or sur la voûte des arbres, tombe jusque ces flots espiègles qui ruissèlent autour des rochers, de bassins en bassins, courent dans l'herbe entre les talus et les racines, recelant dans son eau pourtant claire et sans ombres, les reflets secrets d'une âme qui rôde.

Même moi je peux le sentir, là, quelque chose quelque part.

Sur le dos, le poids harassant d'un morceau d'acier noir presque plus grand que moi luit d'un éclat métallique, harnaché comme le fardeau impitoyable d'une charge spirituelle. Dans l'herbe, fusent les deux turbulences grises que j'ai juré de protéger, se chassant tour à tour avec une fougue inépuisable. Mais bien vite, l'instinct des deux jeunes loups pousse leur curiosité, attire leur attention, tandis qu'ils devinent, eux aussi, que la présence de la nature est plus forte en ces lieux. Si ça se trouve, peut-être nous épie-t-elle déjà.

Je marche en son sanctuaire avec une appréhension teintée de respect, une amertume pleine de résolution. La rancune, en moi, est tenace, et la rencontre qui s'annonce porte des augures incertains. J'essaie de me focaliser sur la tâche que je me suis fixée. J'essaie d'oublier cette animosité qui pouvait régner entre nous. J'essaie de me rappeler cet éclat que j'ai aperçu dans ses yeux, ce jour où la vérité du Fiel a éclatée devant mon frère et elle.

Je veux qu'elle me dise où il est.

Mais plus encore, elle se dresse là comme un rempart contre lui. Comme une mère pour son petit. Qui l'eût cru, qu'un jour, j'irais en son domaine pour la trouver elle et me tourner de son côté.

Finalement, à longer le cours d'eau, je parviens devant un bassin peu profond où coule l'éclat cristallin d'une eau pure. Les reflets du ciel et des arbres qui s'y dessinent, pourtant, ne suffisent pas à me faire oublier à quel point cet endroit peut m'être fatal.

Je dépose mon sac de voyage et l'épée de la Montagne dans l'herbe, à quelques mètres de là, avant de m'approcher du bord. Une tension incertaine aurait pu m'habiter un jour, d'un tel geste d'inconscience, mais maintenant, plus rien n'a vraiment d'importance, et le fond de mon âme est comme tapissé d'un reflet d'ébène, celui, insondable, de la haine. A côté, les loups sont agités.

La même qui l'anime elle.

Je ne doute pas qu'elle m'observe en silence, et dans tous les cas je pars de ce constat. Je ferme les yeux et inspire profondément. J'essaie de puiser dans l'expérience de la méditation, d'appeler cette concentration à la dérive qui glisse en moi comme un navire entre deux eaux. Des tréfonds, j'en tire l'essence même de ma magie, brute, animale. Mes pupilles se fendent sur l'écarlate de l'iris, tandis que s'élève autour de moi l'écho décharné d'une harmonie qu'on a écorché, un flot de magie qui semble devenu invariablement
instable.

« Ô Calypso, Fille des eaux,
Âme des ruisseaux,
Danseuse de pureté je demande ta volonté
En cette heure j'invoque ta légendaire beauté »


Spoiler:
 
Voir le profil de l'utilisateur
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Ven 1 Mai - 15:42

avatar
Zadig Cavalli

[HM] Ajatar Virke

Click

Spoiler:
 


Zadig était un homme sans passé ; sa mémoire avait été entaillée par un silence hostile, qui s'était insinué dans les premières brèches de son passé évanescent, il l'avait remplit et élargit d'un black-out. Comme si à chaque réveil, Zadig se levait avec la gueule de bois de la vie, oubliant ce qu'il avait fait la veille. Comme si à chaque réveil, c'était une nouvelle naissance. Zadig était un enfant que l'histoire n'avait pas aimé, il était l'enfant perdu qui ne laissera jamais d'empreintes sur le monde, il s'y était fait. Alors il avait fini par oublié l'histoire et ses souvenirs par la même occasion. Alors qu'il était assit dans un bar miteux, dont les tables étaient désorganisées, éparpillées au coin de la salle comme des débris. Zadig se tourna vers l'une des fenêtres et cette dernière lui renvoya son reflet estompé, contourné d'une fine pellicule de poussière.

Ce fut la lettre qui l'extirpa de ses rêveries brutalement, un enfant sauvage à la peau brune et aux yeux de feu lui tendait. Zadig le dévisagea en un léger sourire, avant de la saisir et de déchirer l'enveloppe blanche avec ses ongles. La courbure des lettres lui explosèrent la rétine et il fronça les sourcils d'un air perplexe, mais l'enfant était déjà parti. La tournure des phrases, la manière de rédiger sa solitude à gaver d'étreintes – il fronça un peu plus les sourcils et ses lèvres se fleurirent d'un sourire extatique. Il était enjoué, pourtant le gong de sa conscience résonnait comme un écho averti. « Non Zadig, c'est dangereux, oublie-toi de Fiore et ne te fait pas connaître ici. » Mais ça, il l'avait déjà recouvert d'une couche de silence et il se dressa, observant sur son chemin l'horloge.

« J'ai au moins le temps de m'acheter des cigarettes.  »

L'offrande d'une femme ne pouvait être refusé, elle se présentait à lui. Mais la manière qu'elle avait d'écrire le laissait perplexe – jamais il ne s'était imaginé intéresser les intellectuelles, bien au contraire. C'était étrange, mais l'innovation était toujours une bonne chose de son point de vue. Alors qu'il engouffra le paquet de cigarette dans sa poche, il se dirigea vers le salon de thé. Alors qu'il allait ouvrir la porte, sa main se stoppa avant d'actionner la poignée. Et si tout ceci était un piège habilement orchestré par des mages gonflés de vengeance ?

Sans même chercher une réponse, son poignet ouvrit la porte et il s'engouffra à l'intérieur.

Les effluves jaillirent et s'agrippèrent à ses narines en lui injectant un pêché gourmand à l'intérieur de son ventre. L'ambre de ses iris tentèrent de deviner la forme des ombres au travers du voile. Il n'y avait pas de Camille, du moins, il ne s'imaginait pas qu'elle faisait partie de l'assemblée des âmes présentes ici.

« _ Vous cherchez quelque chose ?

Zadig pivota vers la serveuse.

_ Hm, oui. Je cherche Camille. »

Elle eût en réponse un sourire désarmant, Zadig la suivit face à un homme arborant fièrement sa cinquantième année. Vêtu de parures de la noblesse, le plateau d'échec démontra à Zadig qu'il était intelligent.

« Camille? »

Un rire éclata ses lèvres en un sourire franc et il posa ses mains devant celles-ci pour se calmer directement. La situation était tellement étrange, que ça l'amusait. La terre, elle, par contre, paraissait mitigée, oscillant entre de la méfiance et la curiosité. Zadig s'avança pour siéger face à lui.

_ Je n'aime pas les hommes.

Mais Zadig n'était pas aussi stupide qu'on aurait pu le penser. C'était juste une légère pique, fluette et fine, pour dénoter la réaction de l'homme face à lui. Zadig posa son coude sur la table et reposa sa joue contre son poing.

_ Alors, Camille, de quelle façon doit-on combler ta solitude ?

Il eût un léger rire, avant de lui sourire comme un enfant avant de se reculer.



Voir le profil de l'utilisateur
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Dim 7 Juin - 17:25

avatar
Invité


Click


Sang de haine

Uriel, Okori, Zadig & Calypso







Le chant d'un oiseau retentit sous le soleil ayant déjà entamé sa course vers la fin, celle d'un renouveau infini, du déclin pour renaître, cycle impénétrable régissant le monde, un cycle s'imposant à tout les êtres, car au final elle l'a dictée depuis longtemps d'ailleurs, tout n'est que cycle, de ses entrailles au plus profond du cœur des hommes, un cycle sans fin, aussi magnifique qu'il peut-être cruel...

Le pas lourd d'une botte qui s'écrase dans l'herbe, résonne de manière infime dans les profondeurs de la terre, dans chaque cavité, chaque pore de cette peau qui couvre le cœur du monde, une vibration infime dans le fluide aqueux qui la nourrit de l'intérieur, la pénètre et y circule dans un cycle sans fin. Un pas puis un autre, alors qu'ils jurent avec silence volatile des pattes arpentant la vallée dans un jeu presque enfantin.

Le chant de l'oiseau s'étouffe, faiblement le vent se lève, comme une menace voilée alors que le silence s'abat sur le décor de rêve, des rêves les plus mortels, ceux dont ne restent que les larmes et la mort malgré leur pureté.
L'eau continue son défilé alors que le reflet de l'homme s'y dessine faiblement, elle sait qu'il la sent, il la sent autant qu'elle le sent dans ce lieu qui était siens, dans cette prison qui attise la haine.

Ils l'ont tous sentis, chaque animal arpentant l'herbe de la vallée, ils l'ont tous sentis dans une vibration de l'air, cette mène vibration qui fait naître le silence dans une étrange tension.

Elle est réveillée.

Du coeur du ruisseau elle observe cette silhouette qu'elle connait si bien, partagé entre l'intrigue et la haine, la curiosité et la colère alors que sa présence ici est comme une injure, une injure qui pourtant ne présage rien de bon. Car au fond elle le sait, elle le sait mieux que quiconque, sa présence ici ne peut-être le signe que d'une catastrophe imminente, d'un cataclysme capable de tout anéantir, et tout au fond d'elle, au fond de ce cœur qui a cessé de battre, la supposition tourne en boucle, comme un écho macabre qu'elle tente de taire. Cette infime possibilité, une simple pensé : il est là pour me tuer.

Son comportement ne reflète qu'un calme impérial, un calme presque fou alors qu'il dépose ses armes, comme si il pouvait lire en elle, comme un signe de respect, comme un symbole de paix alors qu'il s'approche de l'eau.
Folie que bien des hommes ont payé de leur vie alors qu'elle peut le voir, sentir son souffle sur la surface aqueuse où son reflet se forme. Puis le chant s'élève, un chant qu'elle ne connait que trop bien, un chant variable alors qu'un mot change tout, change la donne et pourtant la méfiance persiste, car elle ne sait que trop bien, elle ne connait que trop bien toute l’ampleur de la fourberie qui loge en son sein, dans les fragments de son âme, un simple mot comme murmuré par l'eau elle-même. Assassin.

Dans la pureté aqueuse le visage féminin se forme dans le reflet, l'écarlate devient pupilles d'opale, les traits s'affinent alors que son visage émerge à la surface, sa chevelure blonde s'étendant en corolle à la surface de l'eau limpide. Les lèvres se teinte d'un bleu givré, le visage de la couleur de l'ivoire alors qu'elle se manifeste, son visage émergeant de l'eau alors que dans sa suite le buste se constitue pour se stopper à quelques centimètres du visage de l'autre, un silence alors que ses yeux se plongent dans les siens, ses yeux où luit l'éclat d'une haine millénaire. Un silence rompu alors que la voix claque, aussi calme que froide.

" L'élève surpasserai presque le maître, l'art des mots pour mieux manipuler. "

Un silence.

" Qu'est-ce que tu veux ? "



© Daryan Chris Illunar. Tous droit réservés
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Mer 24 Juin - 2:43

avatar
Uriel Rudraksha

[C] Var Ulfur

Click


RÉUNION DE FAMILLE

« Mon esprit est agité, je pense à toi
Où en es-tu
Où est cet amour dont tu parles »



« L'aiguille lentement continue son chemin dans une régularité de métronome, qui passe sur chaque seconde avec la même insensibilité. S'intéressant un instant au cadran de la montre à gousset qu'il avait sorti afin de vérifier la position du soleil, il trouvait toujours aussi fascinant de voir combien cette petite invention était à la base de tout dans la société. Mesure impitoyable, elle en broyait la perception du temps et dictait sa cadence tyrannique le jour comme la nuit. Qui l'eût cru, qu'il viendrait une époque où une brindille tournant en rond dans le vide dirigerait le monde. Une des rares brillantes idées qu'il n'avait pas eu lui-même. Mais chacun ses artifices, il avait bien d'autres fumisteries pour compenser.

Finalement, l'insolent écho du ton de voix finit par parvenir à ses oreilles, y sonnant comme des accords où l'on y discernerait la surprise d'une harmonie insoupçonnée dans les bruits d'un tas de ferrailles. Le voilà qui, déjà, brisait les convenances sociales pour s'approprier l'espace qui était le sien. Une lueur certaine brillait dans le regard de Camille, discernant là les prémisses d'un jeu qui pourrait aller très loin. Très léger, un pli à la commissure de ses lèvres le laissait à mi-chemin entre une impression d'approbation et la sentence sévère d'un jugement amer quand à la qualité sociale de notre individu fraîchement débarqué. Prenant quelques instants pour le détailler avant de lui répondre, il fit l'inventaire de ce qu'il avait là sous les yeux.

Ses cheveux d'une impertinente blondeur encadraient des traits médiocres, tout justes rattrapés par cet éclat malicieux dans le regard qui en avait fait chavirer plus d'une sur fond d'éculés mais toujours aussi irrésistibles interdits. Ça et la dégaine nonchalante qu'il revêtait, qui n'avait d'égale que le désintérêt qu'il semblait accorder aux bonnes manières et à la façon de se tenir. Des petits yeux insolents, une allure de maigrichon sous alimenté, et l'étrange parfum d'un quelque chose de fascinant dans ce qu'il avait d'indéfinissable. Assurément, ses observations préliminaires l'avaient très vite mené à la seule conclusion qui rendait alors justice à la chose : un parasite autoproclamé rebelle.

_ C'est fort regrettable, vous ne savez pas ce que vous ratez. »

Les mots lancés là comme une provocante désolation sonnent pourtant terriblement faux dans ce qu'ils ont de vrai. Nul air lubrique ne vient toutefois teinter ses traits dans la mesure où les deux protagonistes de la farce à venir ne parlaient certainement pas de la même chose.

_ Mais nous ne sommes pas là pour parler des petits plaisirs de la vie. Je vous en prie mettez vous à l'aise. Vous voulez un cookie ? Commandez ce qu'il vous plaira, c'est pour moi. »

Il désigne vaguement d'un geste de la main une des petites assiettes disposées là avec, comme autant de pièges mortels, des gourmandises. Il prend son temps, Camille, parce qu'il a le temps, et qu'il aime à égarer l'attention dans des détails inutiles et pourtant subtilement révélateurs. Son regard prend en exemple la rue et son agitation qui palpite juste là, derrière la vitrine, pour appuyer ses propos.

_ A vrai dire mon jeune ami, d'aucune manière qui vous soit accessible j'en ai bien peur, sans vouloir paraître hors de propos. J'apprécie la tranquillité de la solitude qui vient avec mon âge et observer la jeunesse se perdre sur les sentiers que j'ai moi-même autrefois arpentés me satisfait bien assez. »

Les yeux d'un noisette glissent de nouveau pour s'arrêter sur cet homme de providence. Un imperceptible bruissement dans l'ambiance actuelle suggère que
quelque chose est désormais différent.

_ Néanmoins, je n'en reste pas moins dans l'embarras. Voyez-vous, pour ne rien vous cacher, j'ai une fille, et celle-ci souffre d'une terrible malédiction. Moi-même, hélas, ne suis plus tout à fait dans la force de l'âge et il m'est interdit en tant que son père d'intervenir directement. »

L'espace d'un instant, le regard oscillant entre les bruns d'or et le sinople du printemps se fait plus sévère, deux lames capables de déchirer la réalité là où elles se portaient. Sur un ton plus bas il continue, touillant de son couvert d'une façon machinale le thé qui, déjà, est froid.

_ J'ai entendu... Beaucoup de choses sur vous. On vous prête une réputation pour le moins insolente et terrible, et vos exploits sont parvenus à mes oreilles. J'avais imaginé que, vous et moi, nous pourrions faire affaires. »

Il repose la cuillère humide sur le napperon, avec un parallélisme maladif vis à vis du bord de table. Une goutte de thé vient tâcher le tissu, son air sérieux ôte toute ambiguïté.

_ Bien entendu, votre prix serait le mien. »

-----------

Un frisson à la surface de l'eau, une onde de conscience qui s'éveille et se propage en une ride subtile dans ses reflets. Comme des mots qui commandent à la furie et éveillent un secret tiré de ce que la nature a de plus insensible et froid. Et la voilà qui prend forme, s'incarne dans l'allure mythique d'une nymphe cruelle, celles dont on conte les tristes exploits et donnent un prétexte aux parents pour empêcher leurs enfants de jouer trop près de l'eau.

Ses mots claquent comme un fouet sur l'esprit, prenant un sens bien plus profond maintenant qu'a été dévoilé l'origine de son existence. Pour la première fois depuis notre première rencontre, je perçois les tréfonds des abysses qui sont à la base de cette fracture qui nous sépare, de cette haine farouche qui résonne dans ses mots avec la persistance d'une certitude plusieurs fois centenaire.

Dans mes yeux, un écho fugace qui oscille entre détestation et une compréhension douce amère. L'air charrie les effluves spirituelles d'une magie libre, sans entraves ni forme, juste des éclats bruts qui coulent hors du corps et se mêlent à la terre, l'eau, l'air, les corps, sans distinction ni préférence. Et à mesure qu'elle résonne, elle se focalise, prend la couleur d'une idée plus distincte, épouse les formes sinueuses des émotions qui implorent sa venue pour finir par emplir et surpasser l'esprit dans une lumière qui fusionne à demi avec ma propre conscience. Je me laisse pénétrer avec une certaine appréhension par cette conscience qui passe comme un vertige, absolue, pour tendre comme hors de moi-même et quitter l'espace de ma propre psyché, trop incertaine, pour retrouver une chaleur qui n'est pourtant pas la mienne.

Le spectre d'une troisième partie est sur moi et fixe Calypso de son regard dissymétrique, aux sévères reflets d'argent et d'or, comme jaugeant de sa personne et de ce qu'elle représentait, tentant de percer l'intérêt de son propre appel. A travers moi, il résonne aussi d'une façon subtile en Valhar et Ryn.

Désormais dévoilé dans cette nouvelle forme, je sais que je peux m'exprimer sans la crainte d'être espionné. Sans ambages ni détours.

_ Je connais ton secret, Calypso. »

Les mots prononcés là comme le tranchant d'une franchise sont exempts de sous entendus ou de double sens. Le suspense se termine aujourd'hui.

_ Je connais ton nom véritable. »

Elle avait toujours dissimulé de secrets desseins dans les plis de ses nombreux caprices et d'une exubérance létale. Néanmoins, le fait de savoir n'en rendait pas forcément plus facile les choses. J'avais conscience que de lui dire ceci sans m'avancer plus avant ne pouvait que provoquer en elle la mise en branle d'une réflexion qui resterait sans réponse tant que je n'en dirais pas plus, ce qui pouvait être dangereux. Mais j'étais venu pour qu'elle me conduise à mon frère, et lui demander directement d'infirmer sa mort et de me dire où il était... Quelque part, j'avais le sentiment terrible qu'elle aurait pu tenter d'en
profiter.

_ Conduis-moi à lui. »

Et l'appréhension terrible d'une mort annoncée. Mais quelque chose avait changé en moi. Quelque chose qui était prêt à nier la réalité s'il le fallait, à détruire n'importe qui et n'importe quoi pour m'assurer de retrouver ce que j'étais venu chercher.
»


Spoiler:
 
Voir le profil de l'utilisateur
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Lun 12 Oct - 16:30

avatar
Zadig Cavalli

[HM] Ajatar Virke

Click



La moiteur du déchirement de ses rides se lisaient sur son visage ; sa maigreur attisait ses traits aristocratiques ; comme une terre asséchée par les baisers d'été. Le temps avait labouré son visage d'innombrables creux, comme un fossé en y laissant la silhouette d'un sourire ou le vestige d'un froncement sévère de sourcils – l'ombre diffuse d'un charme effacé.
Zadig se sentait observer – épier presque, dans le regard détaché de Camille. Comme s'il disséquait son air nonchalant, comme s'il comprenait ce qu'il pouvait être dans son entité. Mais Zadig était bien trop à l'aise avec les autres pour percevoir l'invisible, mais la Terre tonne : frissonne et bouillonne. Tous ses sens s'érigent et elle craque légèrement sous les pieds de Camille ; comme un murmure averti.

Elle est là et elle voit.
Camille n'est pas Camille, il n'est que l'un de ses visages qu'il se plaît à vêtir pour se divertir. Le fait qu'il s'habille de lumière pour mieux tromper et punir les vanités. Zadig était en danger, comme si Camille s'était plût à poser des paroles déguisées en traquenards pour mieux le berner autour de lui. Mais il y a encore le bruit du monde autour d'eux, mais si la méfiance de Zadig est déjà baissée ; alors le point de non-retour a déjà été atteint depuis longtemps.

La terre soupire et son ventre gronde.
Encore une histoire qu'il se vantera de raconter à une Yseult lassée, à une Lydia qui lui répondra par une gifle qui viendra lui marquer la joue en lui hurlant son inconscience à la figure.

Zadig – lui saisit un gâteau qu'il observa avec ses yeux d'enfants et ses lèvres vinrent s'enfoncer dedans comme s'il croquait dans un nuage. Camille jouait avec quelque chose qu'il ne maîtrisait pas ; les mots. Il frappait à l'épée avec ses jolies syllabes, ses phrases se dépliaient comme une forêt d'épine qui finissent par vous happer. Ils désamorcent la possible méfiance, endorment les sens et les gourmandises se complaisent à faire taire l'attention.
Zadig n'est pourtant pas attentif mais il aime bien la manière dont Camille fait taire sa violence. Comment elle surgit pour mieux disparaître dans l'ombre. Zadig capte bien ce genre de chose ; c'est un talent insoupçonné qu'il ne comprend pas toujours mais qu'il aime bien quand même.

Il demandait des services à Zadig, comme s'il cherchait à répandre le vice dans sa fille. Pourquoi jeter dans ses bras sa propre chair, façonnée par lui et sa possible femme, dans l'un des plus grands criminels de Fiore ? Ce sont des choses qui échappent à Zadig ou des choses qu'il ne cherchera jamais à comprendre ; des fois les ambitions des hommes étaient semblables à un contour de miroir brisé. On n'y discernait plus grand chose alors il évitait soigneusement de s'acharner.

Donc en fait le but c'est que je m'occupe de votre fille ? Pourquoi vous ne lui avez pas acheté un gigolo ?

C'est sorti comme une flèche en plein silence. Il ne mange plus, il repose tout.
Il rit d'un air tout à fait franc et ses éclats de rires se dispersent, comme une maladie cherchant à contaminer Camille.

_ Ah lalala, Camille, Camille, Camille...

Il n'a de cesse de répéter son prénom ; comme pour se marteler le vestige de ses traits, comme pour se souvenir de tout ça.

_ Après tout ce ne sont pas mes affaires.

Mais là Camille j'ai bien compris que tu t'amusais à me prendre pour un con.

Zadig se redresse un peu et le regarde par le bas ; il ne cache rien ; pas même le rictus ombragé de la méfiance. Non, au contraire Camille ne pouvait pas viser plus juste.
Il avait réveillé ce qu'il y avait de plus dangereux chez Zadig ;
Sa curiosité qui n'arrivait jamais à être satisfaite.

Sa main pianota un instant contre la table.

_ Je suis prêt à rencontrer votre fille.

Et même si les mensonges de Camille sont comme une toile d'araignée ; les sourires de Zadig sont comme de la cisaille et ses rires comme des tremblements de terres.
On ne sait jamais quand ça va surgir.




Voir le profil de l'utilisateur
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Mar 13 Oct - 22:24

avatar
Invité


Click


Sang de haine

Uriel, Okori, Zadig & Calypso







Les mots coulent de sa bouche tel un poison insidieux cherchant à se faufiler dans le moindre sillage, dans la moindre plaie qui n'aurait pas cicatrisé. Des mots simples, aussi simples que brutales alors que son regard reste plongé dans le siens, dans le leur alors qu'autour de l'impudent orgueilleux se dessine le spectre du dévoreur.

La réponse tombe enfin, un ordre qui ne s'en veut pas un, sur un fond de menace qui ne s'en veut pas une, celle de la vérité. Et contre toute attente son visage parfait perd sa froideur lisse alors que ses lèvres bleutés esquissent un sourire moqueur.

Son corps nu continue son ascension alors qu'elle écrase d'avantage la distance les séparant, atteint son niveau pour mieux le dépasser, avançant alors que sa jambe nue s'étire hors de l'eau avec laquelle elle ne faisait qu'un, imposant le respect, imposant le recul de l'effronté, un simple mouvement comme un ultime rappel, celui sourd et pourtant sans appel, il est en ces lieux chez elle, il est ici en elle.

Sa silhouette glabre et voluptueuse, létale s'extirpe totalement du liquide transparent alors que son regard prédateur vient scruter les loups, le sourire persiste, s'élargit alors qu'elle saisit sa chevelure dans un mouvement sec, que d'un coup elle l'enroule et la serre comme pour l'étrangler, geste étrange alors que nulle eau ne peut s'en échapper, elle est l'eau dans son intégralité.

Un regard qui se perd au loin, comme si la cruelle nymphe retournait dans des temps incertains, dans un autre lieu, un autre espace et un autre temps, quelques secondes de silence alors que son regard luit à nouveau d'un éclat pervers, qu'elle semble revenir à elle alors que ses mains glabres lâchent sa chevelure d'or d'un geste nonchalant, que ses pupilles viennent à nouveau se poser dans celles d'Uriel alors que le sourire s'élargit, le charme s'ajoute à la moquerie, le mystère vient l'englober alors que la perversité vient le caresser.

Carnassier.

" Et puis-je savoir lequel de mes secrets prétends-tu connaître mon cher Uriel ? "

Le dernier mot est comme un murmure cruel susurré, une menace voilé alors que chaque syllabe s'est vue accentuer comme si bientôt elles cesseraient d'exister.

Sa beauté resplendit, sa peau semble refléter l'eau et le soleil, incarnation terrible d'une nature mortelle alors qu'en son milieu, en son sanctuaire sa beauté habituelle, celle d'entité invoquée paraîtrait presque fade, quoi de plus normal alors qu'en ces lieux ses deux natures ont fusionné, qu'en ces lieux elle est né, a vécu et a péris, qu'en ces lieux elle est devenue la gardienne sacré des ruisseaux sur lesquels elle veille en secret, qu'en c'est lieu rien ne peut l'arrêter alors que sa puissance est quasiment illimitée.

" Mais dis-le moi Uriel. Je meurs d'envie de te l'entendre prononcer, allez Uriel appelles-moi par ce nom que tu te targue de posséder. "

Et son sourire persiste alors qu'elle ne répond pas à la question, l'ignore royalement, comme si elle n'avait jamais été posée, les mots jamais prononcés. Comme un jeu dont les règles et la finalité restent inconnu alors que cet étrange sourire ne la quitte, qu'il trône sur son visage tel une ombre attendant de s'abattre, un vol en suspend alors qu'elle le contourne pour s'approcher des deux loups présents à ses côtés, qu'elle s'accroupit doucement, tendant sa main en signe de respect, attendant le geste d'acceptation de les toucher. L'écho d'un passé révolu, l'écho d'une âme perdue que la nature avait déjà scellée.
La main tendus vers les loups sa voix s'élève à nouveau, le sourire se dissipe enfin, pour le moment, qu'elle offre son dos à Uriel, comme un test, une provocation voilée alors que sa voix retentit, aussi douce que calme, une douceur pourtant glacial.

" Il y'a une chose qui ne va pas dans ta demande mon cher Uriel, mais cela ne m'étonne guère, Okori est le maître des demi vérité, des informations incomplètes, si bien que parfois elles en deviennent erronées. Malheureusement pour lui il semble avoir oublié un détail, nos règles ont une exception, une unique exception nous autorisant à en parler et cette exception il te l'a confié. Enfin si temps est que tu connais réellement mes Secrets. "

Lentement elle se redresse pour se retourner, nulle sourire sur son visage, simplement le froid glacial et mordant dont le regard trahie pourtant une lueur d'intérêt concernant la suite des événements.

" Tout ne dépend que de toi Uriel, de toi et ce que tu sais, alors dis-moi Uriel, en connais-tu assez pour que nos lois m'autorisent à parler en toute impunité ? "

Un regard restant braqué dans le siens.
Une simple question sans aucune arrière pensée.
Un regard troublant de sincérité, comme un écho lointain d'humanité.



© Daryan Chris Illunar. Tous droit réservés
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Sam 26 Mar - 19:36

avatar
Uriel Rudraksha

[C] Var Ulfur

Click


RÉUNION DE FAMILLE

« Un anneau pour les lier tous »



« L'individu, fort aise du trait d'humour de son esprit, n'imagine pas à quel point il rend son assertion précédente plus vraie que jamais. « Je n'aime pas les Hommes. » Qu'y avait-il de pus haïssable dans ce monde défiguré par l'essor de sociétés diverses que l'humain dans tout ce qu'il avait pourtant de si merveilleux et de si vil à la fois ? C'était comme une drogue, un poison, une espèce de fix qu'il lui fallait s'injecter, à Okori, de façons régulière. Pour sûr la Raison s'était édifiée au fil du temps comme la promesse terrible d'un champ de jeu infini, mais pour sûr cela l'avait irrémédiablement changé. A trop fréquenter les Hommes n'en devenait-il pas lui-même trop demandeur de ces jeux et de ces paroles, de ces déceptions à l'écho cruel et de ces faces ravagées de désillusions naïves. Quelques fois, il se disait que la sagesse n'était qu'une affaire d'échelle, et qu'à vivre plus longtemps les Hommes pourraient acquérir ce calme avisé qu'il leur manquait tant. D'autres, il comprenait bien ce qu'il manquait parfois à l'humanité toute entière : que l'impitoyable marque du destin ne leur claque sur le coin de la gueule avec une violence sans retenue. La souffrance créait bien des affects mais avait ce mérite d'offrir une vision parfois plus lucide qu'une vie faite de plénitude. Alors en réponse il laisse échapper un simple éclat de rire qui n'en est que plus terrible tant il paraît sincère.

_ Vous m'en voyez ravi. Voilà bien longtemps que j'ai entrepris cette tâche et la perspective d'enfin toucher au but aujourd'hui me remplit d'une félicité certaine. Vous êtes à n'en pas douter la providence. »

Oh ça, il n'imaginait pas la rage qui allait se déchaîner, orage aveugle et destructeur, au moment de leur rencontre, entre sa fille et lui.

_ En ce cas, laissez-moi vous conter son histoire. »

D'un geste précieux, il essuie par petites touches l'humidité imaginaire du thé sur ses lèvres à l'aide du petit mouchoir brodé de feuilles qui accompagnait le rafraîchissement.

_ Voyez-vous il y a bien longtemps - enfin, ma foi, du temps où j'étais un peu plus jeune - un mage dans la force de l'âge est venu demander la main de ma fille. Chose courante s'il en est, avec une fortune comme la mienne plusieurs ont pensé qu'ils pouvaient me jeter paroles et subterfuges à la figure pour s'emparer et de ma fille et de son héritage sous les couverts niais d'une romance. Mais je ne me suis pas construit un empire par la naïveté et la bonté de cœur gratuite, oh ça non. »

Une petite pause, pour ménager son effet. Il aime bien ça, Okori, raconter des histoires. Encore plus quand l'incertitude prenait son interlocuteur et le laissait dans le désarroi quant à savoir s'il contait des faits ou partait dans des fantaisies rocambolesques. Néanmoins, il prenait ces quelques très courts instants pour réfléchir à autre chose par la même occasion. Il y avait quelque chose, quelque part, qui semblait furtivement gronder. Comme l'avertissement silencieux du léviathan qui se retourne dans son antre pendant son sommeil. Invisible mais là, dont le moindre souffle pouvait pourtant provoquer l'effondrement du socle même de la réalité. Oui, il sentait bien que ce jeune homme était spécial et, quelque part, ça le fascinait, qu'il le soit en bien ou en mal. Ça et l'écho terrible du tonnerre dans la terre.

_ Il s'appelait Sylvanon. Alors je lui ai dit qu'à la condition et l'unique condition que ma fille consente à accéder à sa requête il pourrait, le cas échéant, obtenir sa main une fois que j'aurais jaugé de ses talents et de sa détermination. Il accepta, fort aise de triompher des quelconques obstacles qu'il m'était possible de placer sur sa route. Et il est vrai, après tout, qu'il était un parti plus que prometteur. Il était pourvu d'une ambition intelligente et de cette autorité naturelle qu'ont les meneurs à diriger les hommes. Ajoutez à cela qu'il n'était pas le plus laids des idiots et doté d'un potentiel magique tout à fait respectable, tout portait à croire qu'il était l'heureux élu. Ainsi, au moment fatidique, quelle ne fut pas sa déconvenue lorsque ma fille, fermement, lui ôta tout espoir en déclinant poliment ses avances. Elle qui devait être l'ultime juge, devint son bourreau. »

S'il y avait une bonne part de fantaisie dans ses propos, Okori pourtant s'inspirait de certains faits biens réels. En l'occurrence la façon dont lui-même avait courtisé celle que l'on nomme aujourd'hui Calypso.

Il soupira, un geste plein de la vieillesse et de la nostalgie d'antan.

_ Ah mais voilà, ce refus était en réalité l'ultime épreuve, à laquelle ce jeune homme à mon grand dam échoua profondément. Pire, il utilisa certaines connaissances magiques acquises durant ses pérégrinations pour maudire le sang de ma famille et le bonheur de ma fille qui, pourtant, était tombée en pâmoison devant lui. Je n'eus même pas le temps d'avorter cette amère vengeance que déjà ses mots avaient frappés. En conséquence de quoi, il la condamna à rester prisonnière du lieu de leur première rencontre - auquel il m'interdit également l'accès -, qu'elle ne saurait quitter sous peine de dépérir, et emporta avec lui la clef de sa libération. »

D'un geste complètement nonchalant, il s'en vint saisir un objet dans la poche intérieure de son pourpoint pour l'exposer au grand jour et au regard de Zadig.

_ Cette bague. Celle-là même qui aurait dû sceller leur union. »

Il la déposa délicatement sur la table, entre lui et le jeune homme, piège qui se refermait comme l'étau mesquin d'une mâchoire. L'anneau, bien que simple, était en or et fort délicatement ouvragé.

_ L'anneau de feu Sylvanon. Cela m'a pris le reste de ma vie mais j'ai fini par le retrouver et mettre un terme à ses jours, avant de récupérer le sésame. Aujourd'hui il ne me reste plus qu'à le faire parvenir à ma fille mais, hélas, je suis toujours interdit de fouler du pied le sanctuaire sacré qui a vu leur première rencontre. Aussi, c'est pour cela que je fais appel à vous, Monsieur, afin que vous lui portiez cette délivrance. »

Il s'interrompt un instant, tandis qu'un serveur vient débarrasser la petite assiettes de friandises presque vide pour la remplacer par une nouvelle, pleine de petits choux et autres pépites de chocolat.

_ Mais prenez garde ! J'ignore si Sylvanon n'a pas placé d'autres fourberies d'ordre magique, afin d'interdire, dans un ultime sursaut d'amertume, l'accès de cette relique à celle qui lui revient de droit. Je vous en prie, prenez cet anneau en or et portez-le lui coûte que coûte. J'ai préparé là tous les détails nécessaires pour accéder à ce sanctuaire dans le cas où vous accepteriez. »

Il glisse une petite enveloppe vers son interlocuteur. Dedans, un moyen détourné et secret d'accéder à la vallée des larmes.

_ Vous ne pourrez pas vous méprendre. Ma fille, Calypso, est une très belle jeune femme aux cheveux d'or et à la peau de marbre. Si elle vous demande qui vous envoie, je vous en prie ne cachez point la vérité. Elle risque peut-être de vous accueillir avec colère, mais c'est l'amertume qui ronge son cœur. Je crains, hélas, qu'elle ne me pardonne jamais d'avoir été la cause de son malheur, à mon grand désarroi. Mais ceci est le sacrifice d'une vie. Celui d'un père à sa fille, et même si jamais elle ne me pardonnera, je pourrais m'en aller le cœur léger à la savoir enfin libre. »

Un silence, triste. Au fond, Calypso n'était qu'une victime, mais une victime nécessaire. L'âme humaine était le meilleur des terreaux pour les sentiments et la force de la magie.

_ Tout cela doit vous sembler bien ridicule, je ne connais même pas votre nom. Mais si vous réussissez, vous pourrez me demander ce qu'il vous plaira. »

-----------

Ça crève les yeux, maintenant que la vérité est mienne. Derrière ce voile de haine se cache le gouffre d'une amertume sans fond. Meurtrie, trahie, prisonnière, Calypso n'était au fond qu'une jeune femme rongée par la colère et la tristesse, qui n'avait jamais, du haut de ses huit cent ans, réussi à passer outre cet outrage à sa personne. Elle qui conspuait l'humanité et la société, elle qui avait trouvé refuge dans cette nature qui lui avait été imposée, elle qui bien malgré elle avait perdu des pans entiers de lucidité dans une solitude morne et désabusée, avait au fond tout ce qui faisait un être humain : une sensibilité et un désir irrésistible de considération. Le monde l'avait oubliée et, ce faisant, renié son existence, alors pour poursuivre et renaître, continuer d'avancer, pour ne pas lâcher prise et préserver cette lucidité qui avait été proprement dissoute chez la plupart des autres êtres comme elle, elle avait dû elle-même tracer un trait sur sa vie d'avant. S'en détacher, haïr ce qu'elle avait été, l'homme qu'elle avait aimé, haïr sa détestable naïveté. Et elle s'était promise, dès lors, de ne plus jamais laisser la moindre opportunité aux Hommes de violer la sacralité de ce sanctuaire qui était désormais sien.

Mais aujourd'hui, je voyais clair dans son jeu, elle n'avait plus d'emprise sur moi.

_ Ça a dû être difficile, de ne pas pouvoir en parler. A personne, jamais, en espérant pourtant sans cesse que quelqu'un le découvre. »

L'affront sonnait comme une gifle. Pourtant, nulle animosité dans mes propos, juste la simple constatation froide et critique de la désolation qu'était devenue sa vie. C'était cruel, mais c'était la vérité, et en matière de cruauté Calypso était mal placée pour protester.

_ Mais ta haine a ses limites. Ne vois tu donc pas que tout ce que tu fais va à l'encontre même de la raison et sert les plans de celui que tu hais ? Depuis le début tu te réfugies dans cette amertume, dans cette espèce de froideur sans mesure ni rationalité, pour l'unique motif que nous sommes ses fils et qu'il t'a un jour trahie. Tu brandis avec une ferveur presque fanatique ta non appartenance à l'humanité, toi et tous les autres comme toi, sous prétexte que les humains soient corruptibles, faibles et lâches, mais plus tu l'affirmes et plus tu t'enfonces une excuse qui au fond n'est là que pour cacher ce que tu refuses à admettre : toi et moi, nous sommes pareils, et un jour tu as été humaine tout comme tu l'es encore aujourd'hui. Ces affres dans lesquelles tu te déchaînes comme si elles te libéraient ne font pourtant que renforcer ces chaînes qui te retiennent ici et sur lesquelles tu tires, de plus en plus, à chaque siècle qui passe. Tuer tes amants ne te rendra pas ta vie d'avant. Me haïr n'atteindra pas Okori. Emmener Altiel sur le chemin de ta folie fait tout sauf le protéger. Tu te targues de lui apprendre la vie, mais qu'en sais-tu donc, de cette vie que tu te bornes à renier ? De cette humanité violée qui t'a été jetée à la figure ? Qu'en as tu gardé que tu puisses transmettre ? Assurément rien d'autre que des regrets. »

Le choc, dans les yeux de Calypso, et les prémices d'une colère sans commune mesure, une vraie, celle-là, qui enfle comme le bubon infect de la haine et menace de libérer sur ma personne une fin douloureuse et rapide. Un coup, sec et rapide, d'un bras aqueux et tranchant. Mais j'attendais la chose, et c'est pour ça que je me suis défait de mes armes : pour être capable d'esquiver plus rapidement sans le fardeau du métal. Les loups grognent, montrent les dents, et geignent aussi dans ce qu'ils devinent comme étant la colère de la nature, la seule qu'ils redoutent. Ils reculent, incertains, les yeux exorbités par un mélange entre la panique et la loyauté protectrice. Rapidement, je me mets à courir, m'éloignant du bassin. J'ai de quoi l'esquiver, ce n'est pas ça le problème, mais ça va surtout de lui faire entendre raison. L'instant d'après, on eut dit que c'était l'entièreté de la rivière qui sortait de son lit dans une explosion rageuse et un cri terrible pour se précipiter vers moi.

_ Tu crois tout savoir de moi ?! TU CROIS POUVOIR NE SERAIT-CE QUE COMPRENDRE ? »

Pourtant, tout ceci n'a pas d'importance. Dans mon regard, il n'y a pas de colère, ni de détestation. Un peu de compassion, certes, mais surtout le jugement sévère et lourd de toutes ces années qu'elle n'a passées qu'à défaire et détruire. Et elle sait que sous l'égide du Dévoreur ce n'est pas le mensonge qui coule de mes paroles. Elle a voulu savoir, elle sait désormais. Je continue de fuir, séparant mon corps en un instant en plusieurs copies qui s'éparpillent ici et là en un drôle de mirage, en essayant de conserver une analyse froide et raisonnée. Bien vite pourtant, les corps disparaissent en une flammèche sous les assauts répétés, et je suis obligé à chaque fois d'en recréer de nouveau si je ne veux pas prendre le risque de mourir pour de vrai. La colère occulte complètement ses sens, mais elle la rend aussi dangereuse et imprévisible. J'élève alors la voix pour me faire entendre au-dessus des flots rageurs.

_ Tu conspues le Fiel sans pourtant savoir ni ce qu'il est ni comment il est né. Si j'en ai appris une chose, c'est bien que la destruction aveugle est le propre des humains, Calypso. Et ce que je vois en toi, c'est une mer prête à tout détruire mais sans savoir pourquoi. N'as-tu donc pas compris, que c'est ce qu'il attend de toi ? Il t'a créée pour faire de toi ce que tu es aujourd'hui, comme il nous a créés pour faire plus tard de nos vies ce qu'il veut. Et quelle ironie, de voir que c'est celle qui le déteste le plus qui fait pour lui les plus grands travaux. Tu ne fais que reproduire ce qu'il t'a fait, et en cela tu sers ses plans plus que tu ne l'imagines. Tu devrais te trouver un but autre que la haine, tu sais pourtant très bien où elle conduit. Alors je te le demande ici en ce jour : cesse. De nous séparer, et de souffrir... »

J'attends, avec appréhension, la déferlante. La furie, la tempête, la mort tranchante. Mais je vois dans ses yeux malgré tout cette espèce de désespoir tenace qui jamais ne s'en est allé. Le désir si humain de savoir pourquoi, d'être comprise, de pouvoir passer à autre chose. Le désir si humain de briser la solitude de huit cent cruelles années, au terme desquelles elle résiste pourtant encore à la folie. Au fond de moi, je suis désolé. Désolé pour elle que ça se soit passé comme ça. Désolé que tout en soit venu ici aujourd'hui. Mais je suis aussi déterminé, et si elle refuse, j'en viendrais à l'affronter si c'est nécessaire pour le salut de mon frère et le mien. Elle en a conscience. Elle en a parfaitement conscience, et maintenant le choix lui appartient. Mais il reste encore une chose à faire pour vraiment la libérer, qui sans elle ne lui permettra pas de laisser couler cette colère à cause des lois qui régissent les siens. Cette chose, c'est le secret de son nom, qui se transforme en un sillon amer le long de ses joues.

_ ...Calliopée. » »
Voir le profil de l'utilisateur
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   Mar 14 Juin - 18:44

avatar
Zadig Cavalli

[HM] Ajatar Virke

Click



Qu'il est aisé de le perdre dans un dédale de parole, Zadig.
Il dépose le creux de sa joue contre son poing en écoutant à demi-mot le flot de paroles dans lequel i il se noie, les paupières frémissantes, s'alourdissant d'ennui, prête à se sceller sur son conte digne des plus grandes tragédies grecques. Il n'est même pas sûr d'avoir écouter l'essence de sa présence mais Zadig est sûrement le plus doué des acteurs lorsque l'improvisation est de mise.

" Qu'est-ce que vous causez..."Il secoua la tête en se massant les tempes pour éviter de sombrer dans les abîmes du sommeil, son menton se redressa subitement et il lui afficha un léger sourire " J'ai compris."
Je crois.

Il pose à plat sa paume de main pour récupérer l'anneau qu'il enfouit dans sa poche et observr Camille en s'approchant de son visage, s'imposant presque, avant lui faire un sourire de chat.

"Je pense qu'on se reverra très bientôt." Un léger silence. " J'y veillerai, en tout cas." Un nouveau silence. " Quand vous rencontrerez vos petits fils, j'veux dire." Clin d'œil.

C'est une phrase presque jetée par terre, à peine prononcé dans l'air. Il a dit ça en fixant les yeux morts de Camille, contournés par les creux de la vieillesse. Son visage ressemble presque à une relique, éclatée par les affres de l'âge – Zadig incarnera sûrement ses hontes, ses désastres, ses déceptions, ses soupirs peut-être. Le Béhémoth sous leurs pieds rugit dans les landes de l'infini et l'écho de sa rage vibre jusque sous les talons de Zadig.
Et il déguerpit, en faisant claquer la porte dans son sillage, comme un courant d'air.
L'anneau luit dans sa main alors qu'il s'amuse à le lancer en l'air en secouant légèrement le poignet pour l'attraper.

Je sais, je sais. Arrête de râler, de toute façon t'es comme ça toi, tu râles toujours. Il récupère l'anneau de justesse. T'es jamais contente quand il s'agit de nana, alors arrête de … Hein ? Tu le sens pas ? Et alors ? Arrête de me crier dessus! Que tu sois pour ou contre, on ira.

Une racine émerge et se heurte contre les pieds de Zadig qui chancelle vers l'avant, se rattrapant de peu en écorchant ses doigts contre l'écorce rêche d'un tronc défunt. Sa main lâcha l'anneau sous la surprise, le faisant rouler loin de lui, jusqu'aux pieds de branchages, une légère fente se creuse et l'avale. Cela ressemble étrangement à un rictus moqueur. Zadig applaudit de manière ironique.

Ah bah bravo, bravo, GENIAL ! T'es fière de toi j'imagine ? Vraiment pas cool ! Ouais, rigole, rigole, tu vas voir.

Et il continue sa marche, au sein de cette forêt et l'atmosphère pesante fait rugir la terre qui se réfugie derrière Zadig.

Arrête de stresser, tu sais que tu vas finir par te fatiguer...!

Et alors qu'il émerge des méandres des bois, il aperçoit dans l'étreinte des branches, deux silhouettes floutées. L'écho d'une rage résonne en symbiose avec le bois, fend le ciel, détruit les troncs, déshabille les branches de leurs feuillages dans un tremblement de haine. Ca secoue la terre, envoie valser le décor dans le vide. Quelque chose auquel Zadig est insensible. Il sort et s'avance des deux personnes en pleine joute verbale, se dévisageant comme deux lions s'apprêtant à se dévorer. Il lève sa main.

Yo ! Excusez-moi, mais je crois que je me suis -

Un silence lui explose au visage comme une brise froide et violente.

— [color=RoyalBlue] Calypso ? Un sourire d'enfant éclot sur son visage. [b]Tu es magnifique.

De ces sirènes faites de jambes, aux jambes fines et fuselées, de sa chevelure tissée dans le plus violent des torrents, de ces yeux injectés de tempêtes et d'ouragan de haine.
Elle est resplendissante, comme une fleur, piquée dans une vengeance versatile, prête à déverser sa colère sur le monde dans un baiser destructeur.

Ton père m'a demandé de venir te voir.

Et Zadig est tout joyeux, ne se doute pas qu'il attise les braises d'une haine alimentée depuis des années. Il ne se doute de rien, puis il se tourne vers Uriel.

Salut ! Toi aussi c'est son père qui t'envoie ?

Il secoue la tête, visiblement peu convaincu de sa théorie.
Puis un grondement sourd qui fait craquer les arbres.
La terre est sur le qui-vive.
Que celui qui ose s'approcher de Zadig meurt.


Voir le profil de l'utilisateur
 MessageSujet: Re: Réunion de famille [Zadig & Guests]   

Contenu sponsorisé


Click

   
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Réunion de famille (pv Aaron)
» Réunion de famille [Arianne Martell]
» Réunion de famille[Pv Amaterasu]
» Réunion de famille [Syracuse en Sicile PV Ares]
» Réunion de famille [PV : Rafael Di Marzio]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Fairy Tail RPG :: Zone RPG :: Autres Lieux :: Pays Voisins :: Bosco